Comment Matthieu Blazy libère et réinvente la femme Chanel Le directeur artistique de Chanel revient sur la collection Métiers d’Art présentée à Séoul

Pour nos confrères d’Hypebeast, Matthieu Blazy est revenu en détail sur ses deux dernières collections. Dans le flot continu des défilés qui rythment le calendrier de la mode — entre Métiers d’Art, Ready-to-wear, Haute Couture et Croisière — il est parfois difficile de s’y retrouver. Mais ces collections possèdent une résonance bien particulière : après une première présentation remarquée dans le métro de New York, Chanel et son équipe ont fait escale à Séoul, en Corée du Sud, au cœur du futur Centre Pompidou Hanwha pour présenter de nouveau la collection. Entre temps, la collection Cruise 27, était dévoilée à Biarritz. 

Si le designer revient volontiers sur la genèse de la collection Métiers d'Art, notamment infusée par les éclats de la pop culture américaine (du tweed « pop-corn » aux clins d'œil à Spider-Man ou Superman), le directeur artistique — passé par la maîtrise des matières chez Bottega Veneta avant de reprendre les rênes de la maison au camélia — dévoile aussi une part beaucoup plus confidentielle et politique de son travail : sa vision du vêtement pour femmes. Une question cruciale, qui se pose d'autant plus lorsque l'on sait que la grande majorité des directeurs artistiques des maisons de couture historiques sont aujourd'hui des hommes — à de rares exceptions près, à l’instar de Louise Trotter ou de Sarah Burton.

Le streetwear en héritage

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Matthieu Blazy ne cherche pas nécessairement à jouer les grands émancipateurs à la tribune. Il s'inscrit plutôt dans la continuité directe de Gabrielle Chanel, qui avait bousculé les codes en popularisant des coupes plus amples, plus loose et plus courtes dans les années 1920. Le designer estime d’ailleurs que ce grand tournant moderniste est, à sa manière, « un peu la naissance du streetwear ».

« Chanel, ce n’est pas seulement le camélia, c’est aussi le streetwear, la libération, la liberté et le mouvement », rappelle-t-il avec insistence.

Une mode du quotidien pour les « femmes qui agissent »

Pour Matthieu Blazy, le postulat est clair : « Les femmes s’habillent [avant tout] pour elles-mêmes ». Loin des fantasmes de podiums déconnectés de la réalité, il se positionne comme un designer humble, désireux de concevoir des pièces qui s'intègrent concrètement dans le quotidien de la gent féminine. Son but ? Créer « une allure pour tous les jours, une allure pour aller au bureau, pour filer faire des courses, ce genre de choses ».

Le profil des femmes pour lesquelles il imagine ses silhouettes ? Des femmes actives, des business women, mais débarrassées des uniformes austères et des carcans habituels du vestiaire d'entreprise. Pour illustrer cette dualité, Blazy n'a pas hésité à injecter une dose de douceur et de second degré dans sa collection, notamment à travers des coupes volumineuses affectueusement surnommées « cupcake » par son studio.

Car pour lui, revendiquer sa part de féminité n'est en rien un aveu de faiblesse : « Le fait de ne pas être seulement moderne, mais aussi mignonne, c’est également un choix, celui d’une femme qui agit ». Une jolie manière de rappeler que chez Chanel, la liberté commence d'abord par le droit de choisir qui l'on veut être chaque matin.

Representation matters 

Derrière ce discours sur la liberté de mouvement, il y a des femmes qui s’habillent en Chanel, mais il y a aussi celles qui défilent et incarnent la marque. Pour Matthieu Blazy, la vision de la « femme qui agit » ne peut s'écrire sans une diversité réelle, loin des standards d'un autre temps. Dès sa nomination, le directeur artistique a ainsi frappé fort en nommant l’actrice afro-américaine Ayo Edebiri comme nouvelle égérie de la maison. Il choisit la mannequin indienne Bhavitha Mandava  pour ouvrir le show Métiers d’Art à New-York avant de la nommer ambassadrice de la marque. Deux gestes historiques pour la marque au double C : c’est la première fois qu’une femme noire est nommée ambassadrice mondiale et qu’une femme indienne a les honneurs d'ouvrir un défilé pour Chanel. 

Cette volonté de briser les plafonds de verre ne s’arrête pas à la diversité ethnique, elle s'attaque aussi à l'âgisme qui frappe encore trop souvent les podiums. Pour son tout premier défilé Haute Couture, Matthieu Blazy a choisi de confier l'ouverture de sa collection à la mannequin Stephanie Cavalli, âgée de 50 ans.

En diversifiant les visages, les origines et les âges de ses muses, le créateur ne fait pas seulement de la communication. Il aligne l’image de la marque sur son manifeste créatif : chez Chanel, le vêtement est fait pour sublimer la vie de toutes les femmes, sans exception, d’où qu'elles viennent et qu’importe leur génération.

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