5 expositions à ne pas manquer aux Rencontres d’Arles Les incontournables de cette édition

Photographe
Martin Parr

Alors que la frénésie de la semaine d’ouverture s'estompe doucement, Arles commence à respirer à un autre rythme. L’effervescence électrique des premiers jours et sa première vague de visiteurs - venus autant pour célébrer la photographie que pour faire la fête jusqu'au bout de la nuit - laissent désormais la place à une marée constante de passionnés qui va faire vibrer la cité antique tout au long de l’été.

Utopie historique à l'Ancien Collège Mistral : Omar Victor Diop & Lee Shulman

Et si la ségrégation n’avait jamais existé ? C’est la question vertigineuse et profondément politique que pose l'exposition « Being there », nichée dans l'enceinte de l'Ancien Collège Mistral. À l'origine de ce projet, on retrouve le dialogue saisissant entre les clichés vintage de Lee Shulman et le travail d'Omar Victor Diop. Ce dernier, véritable révélation des Rencontres de Bamako en 2011 - dont la célèbre série Diaspora a notamment fait la couverture de l'ouvrage de référence Fashioning Masculinities: The Art of Menswear - s'immisce ici dans l'Histoire avec un grand H.

Le point de départ est un ensemble d'images capturées en Amérique du Nord durant les décennies 1950 et 1960. Une époque de contrastes, entre boom économique, insouciance et ségrégation raciale au moment où gronde la lutte pour les droits civiques. En s'incrustant avec malice au cœur de ces scènes du quotidien de l'Amérique blanche, Omar Victor Diop et Lee Shulman réécrivent le passé. Ils injectent une présence noire là où la grande Histoire s'était efforcée de la rendre impossible. Entre fiction réparatrice et document politique, le résultat est d'une puissance rare.

La Beatlemania : Paul McCartney sous un autre angle

Tout le monde connaît par cœur les refrains légendaires du gamin de Liverpool, mais on connaît beaucoup moins son œil de photographe. C'est la surprise de cette édition. En 2020, près d'un millier de clichés pris par Paul McCartney à l’aide d’un boîtier 35 mm ont été exhumés de ses archives personnelles. Le résultat de cette redécouverte s'expose aujourd'hui à travers un parcours de près de 250 photographies. 

Nous sommes au début des années 1960. En quelques mois, les quatre garçons dans le vent passent du statut de sensation locale britannique à celui de monstres sacrés. McCartney immortalise cette bascule de l'intérieur. L'exposition nous plonge dans l'intimité de la route, entre répétitions interminables, chambres d'hôtels enfumées et coulisses de concerts, de Londres à Paris jusqu'au raz-de-marée de leur première tournée américaine. Un témoignage sans fard sur la solitude et l'euphorie d'un groupe livré en pâture aux médias.

Musée Granet, Aix-en-Provence

Poésie de l'absence à la Galerie la Mercerie : Morgane Ortin & Natas3000

Changement de registre et d'ambiance à la Galerie la Mercerie avec la projection d'un court-métrage d'une délicatesse absolue : « Un train en cache un autre ». Ce projet est né de la rencontre artistique et amoureuse entre Morgane Ortin, l’autrice du best-seller planétaire Amours Solitaires, et le vidéaste Natas3000.

Tourné entièrement au format Super8 lors d'un voyage au Japon en novembre dernier, le film déploie une esthétique nostalgique et vibrante au grain si particulier. À travers la caméra de son compagnon, Morgane Ortin livre un récit sur la perte et le souvenir, résumé par cette formule bouleversante : « J’avais envie d’écrire sur mon père. J’ai fini par écrire sur toutes les personnes qui disparaissent sans mourir. » Une parenthèse suspendue, poétique et mélancolique, qui prouve que l'image animée a toute sa place au cœur des Rencontres.

L’hommage irrévérencieux à Martin Parr à l'Hôtel Nord Pinus 

Le monde de la photographie pleure encore la disparition, l'année dernière, du génial Martin Parr. Le maître absolu de la satire sociale trouve un écrin parfait pour un hommage posthume au sein d'une véritable institution arlésienne : l’Hôtel Nord Pinus, qui vient tout juste de s'offrir une splendide mise en beauté.

Sous la houlette des commissaires Matthieu Humery et Clémentine de la Féronnière, l’exposition investit les espaces de l'hôtel. Les clichés colorés, grinçants et d'une drôlerie irrésistible de l'Anglais viennent habiller les murs du somptueux escalier en marbre de l'établissement, contrastant superbement avec son tapis vert émeraude. Une déambulation espiègle qui rappelle à quel point le regard de Parr sur nos petits travers contemporains reste irremplaçable. 

Alchimie contemporaine : Lara Tabet & Yasmine Chemali

Pour clore ce parcours, cap sur l'expérimentation avec « Le corps vitré », une exposition fascinante signée Lara Tabet et Yasmine Chemali. Lauréates du prestigieux prix soutenu par BMW France, les deux artistes proposent une réflexion inédite aux frontières de la science et de la photographie. 

Le protocole développé par Lara Tabet tient de la performance scientifique : au fil d'une cartographie très personnelle des eaux qu'elle traverse, la plasticienne prélève des échantillons dans des zones portuaires, des estuaires ou des littoraux industrialisés. Elle utilise ensuite ces eaux chargées pour initier un processus de bactériologique. Posés sur la gélatine de films couleur, les microbes et micro-organismes s'activent, rongent et altèrent la chimie de la pellicule par corrosion. Ces « images-écosystèmes » ainsi créées par le vivant sont ensuite magnifiées et traduites sous la forme de vitraux à la beauté à la fois mystique et organique.

Loin du tumulte des premiers jours, c'est désormais le moment idéal pour arpenter la ville à votre rythme, pousser les portes de ses palais ou de ses galeries cachées. La richesse est là, éparpillée aux quatre coins d'Arles : il ne vous reste plus qu'à vous laisser guider.

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