
Un centre commercial de luxe sur le parvis de Notre-Dame de Paris ? Le projet qui fait polémique
Alors que la cathédrale Notre-Dame de Paris vient de renaître de ses cendres, un bras de fer immobilier et commercial se joue dans son ombre. Au cœur de la discorde : la transformation d'une partie de l’historique Hôtel-Dieu en un temple du luxe.
Une transaction en or au cœur de Paris
@cspanofficial World leaders joined French President Emmanuel Macron and his wife, Brigitte, for the reopening ceremony of Notre Dame Cathedral in Paris on Saturday. The iconic cathedral suffered severe damage from a fire in 2019. #notredame #notredamedeparis #emmanuelmacron #cspan original sound - C-SPAN
L'affaire remonte à mai 2019. Le promoteur immobilier Novaxia s'est vu céder un bail à construction de 80 ans pour un montant de 144 millions d'euros. L'accord porte sur un tiers de la surface de l’Hôtel-Dieu, soit 20 000 m² de cet hôpital historique bâti au Moyen Âge.
Le projet architectural prévoit de regrouper l’ensemble des services de santé du côté de la Seine afin de libérer une surface commerciale stratégique de 2 200 m² sur deux étages, dont l'ouverture est projetée pour 2030. L’enjeu économique est colossal. Situé directement sur le parvis de la cathédrale, le futur complexe fera face à un flux continu de 30 000 visiteurs quotidiens.
Le double veto de la commission d’aménagement
Le projet de Novaxia se heurte toutefois à une forte résistance administrative. Le promoteur a déjà essuyé deux échecs consécutifs devant la Commission Départementale d’Aménagement Commercial (CDAC). Un premier projet a d'abord été rejeté à une large majorité en mars dernier, avant qu'une seconde proposition, pourtant revue et corrigée, ne subisse le même sort le 8 juillet.
La CDAC s'inquiète surtout d'une dérive mercantile et d'un changement radical de philosophie. À l'origine, le cahier des charges prévoyait des commerces de bouche et un espace de restauration (food court), des services de proximité qui font cruellement défaut aux riverains et aux touristes de l’Île de la Cité.
La nouvelle version présentée par Novaxia s'apparente désormais à un grand magasin haut de gamme, calqué sur le modèle de La Samaritaine (propriété de LVMH) située à quelques encablures de là. Le programme repensé prévoyait l'installation au rez-de-chaussée de onze boutiques dotées de baies vitrées semi-ouvertes, rappelant l'agencement des espaces duty-free des aéroports internationaux et officiellement dédiées au « savoir-faire français ». À l’étage, le promoteur planifiait un concept store haut de gamme regroupant des articles de créateurs, de la décoration et de l’artisanat d'art.
Bien que la mairie de Paris et la mairie d'arrondissement soutiennent la réhabilitation globale de l’Hôtel-Dieu, elles redoutent aujourd'hui une « colonisation » et une mainmise excessive des multinationales du luxe sur le centre historique de la capitale.
L'ultra-luxe saisit le centre de Paris
@zestforart Inauguration de la #Samaritaine après 15 années de fermeture. Ici le superbe hall #Jourdain restauré #patrimoine #cognacqjay #culture #culturetiktok Altiplano - Erlend Øye & La Comitiva
Ce bras de fer autour de l’Hôtel-Dieu illustre une tendance beaucoup plus large de gentrification touristique et hôtelière dans le cœur historique de Paris. Le secteur est déjà saturé par des adresses prestigieuses telles que La Samaritaine ou l'hôtel Cheval Blanc (LVMH) au niveau du Pont-Neuf.
Un autre projet d'envergure confirme cette mutation rapide. Le récent rachat des murs du mythique BHV Marais, situé rue de Rivoli, par le fonds d'investissement canadien Brookfield Asset Management ouvre la voie à l'implantation d'un nouvel hôtel d’ici cinq ans. La gestion de cet établissement de prestige serait confiée au groupe Experimental, une entité qui compte parmi ses actionnaires la famille Moueix (propriétaire du prestigieux domaine viticole Pétrus) ainsi que Christian Louboutin.
La bataille pour le contrôle commercial du centre de Paris et du parvis de Notre-Dame ne fait que commencer. Entre sauvegarde du patrimoine et rentabilité touristique, la frontière n'a jamais été aussi mince.