Les coulisses du départ de Nicolas Di Felice L’un des rebrandings les plus salués de la mode s’achève après cinq ans

Après cinq années et un redressement particulièrement réussi, Nicolas Di Felice a annoncé son départ du poste de directeur artistique de Courrèges. Après le départ de Harris Reed de Nina Ricci et celui de Marco De Vincenzo d’Etro, il s’agit de la troisième annonce de départ d’un directeur artistique depuis la fin du fashion month. Dans un communiqué officiel, Di Felice a exprimé sa profonde gratitude : « Je tiens à exprimer ma plus sincère reconnaissance au groupe Artémis et en particulier à François Pinault et François-Henri Pinault pour la confiance qu’ils m’ont accordée ».

Ce départ est motivé par la volonté de « se concentrer sur des projets personnels », sans plus de précisions. Il a toutefois été annoncé que Courrèges nommerait un nouveau directeur artistique dès la semaine prochaine. Pourtant, cette sortie n’aurait pas été aussi fluide qu’elle en a l’air : malgré l’enthousiasme de la presse, ces derniers mois ont vu émerger des rumeurs pour le moins intrigantes sur les coulisses de la marque. Des rumeurs non confirmées, certes, mais issues de sources réputées fiables.

Des tensions en coulisses ?

Si la relance de Courrèges sous la direction de Di Felice a constitué une opération de rebranding particulièrement réussie, il reste difficile d’évaluer la durée réelle de ce succès. La maison appartient à la famille Pinault non pas via Kering, qui publie ses comptes, mais via le groupe Artémis, holding familiale non soumise aux mêmes obligations de transparence financière.

En février 2024, WWD évoquait avec enthousiasme un doublement du chiffre d’affaires sur l’année précédente - la marque restant toutefois modeste à l’échelle de l’industrie - ce qui avait encouragé une expansion retail agressive l’année suivante. Depuis deux ans, cependant, aucune donnée supplémentaire n’a été rendue publique.

On peut supposer qu’avec la crise du luxe, Courrèges ait subi un ralentissement des ventes qui, combiné aux investissements liés à une expansion mondiale du réseau de boutiques, aurait pu générer une dette significative. Un schéma que l’on observe également chez Kering, où d’importants investissements immobiliers à Paris et en Italie ont contribué à creuser l’endettement que Luca de Meo tente aujourd’hui de résorber, notamment via la cession d’actifs comme la division beauté du groupe ou une partie du réseau de boutiques McQueen. Courrèges aurait ainsi pu devenir une victime collatérale des stratégies de rationalisation à l’œuvre au sein de la galaxie Pinault - même si De Meo dirige Kering et non Artémis. En l’absence de confirmation officielle, ce type d’expansion rapide génératrice de dette n’a rien d’inédit dans l’écosystème Pinault.

Toujours en 2024, des tweets énigmatiques de Louis Pisano - que certains associent directement à Di Felice - évoquaient des éléments potentiellement problématiques : un « directeur artistique fêtard » qui aurait conduit la marque dans le rouge après une série de dépenses extravagantes, notamment liées à des villas dans le sud de la France. Pisano aurait indirectement confirmé qu’il s’agissait bien de Di Felice en relayant à plusieurs reprises ces propos sous un article de Glitz Paris, qui avançait que les dettes de la marque avaient atteint un tel niveau que les Pinault auraient dû intervenir personnellement pour les éponger.

De manière plus générale, les critiques de ses derniers défilés s’étaient faites plus tièdes. On peut supposer qu’après l’élan initial - porté notamment par le succès de pièces comme la veste en vinyle ou certains sacs - le vestiaire très ajusté et révélateur proposé par la maison a fini par lasser. Un point également souligné par Pisano. De plus, la marque ne s’est pas imposée récemment au cœur de moments médiatiques majeurs ni sur les silhouettes de célébrités. L’engouement semblait progressivement disparaître. 

 

Et maintenant ?

Si le capital de marque de Courrèges demeure globalement intact, malgré des collections récentes jugées moins convaincantes, la famille Pinault continue d’y croire, comme en témoigne l’annonce imminente d’un nouveau directeur artistique. Le remplacement était donc déjà anticipé ; reste à savoir quel profil sera choisi.

Quant à Nicolas Di Felice, son parcours est loin d’être terminé. Dans les cercles parisiens, on évoque déjà son arrivée imminente chez Rabanne, voire chez Alaïa, qui, après le départ de Pieter Mulier, pourrait voir en lui un successeur crédible - à condition que le designer belge parvienne à adapter son langage à l’exigence esthétique que beaucoup associent désormais à la maison après cinq années sous la direction de Mulier.