Le letterbox de Charli xcx est rempli de films français La plus francophile des pop stars

Après la déferlante vert néon du Brat summer, Charli xcx a opéré un virage à 180 degrés. Finie la pop électronique qui avait électrisé 2024 : la Britannique s'oriente désormais vers un rock brut et urgent, matérialisé par un album hyper-court cherchant la rupture absolue. Enregistré à Paris en dix jours à peine, en pleine Fashion Week à l'automne 2025, le disque s'ancre au mythique studio de la rue Boyer (XXe arrondissement), fondé par Victor Lévy-Lasne et Maxime Le Guil - un lieu devenu le repaire incontournable des stars internationales, de Dua Lipa à Rosalía en passant par Pharrell Williams.

Mais l'obsession française de Charli xcx dépasse le cadre musical. Pour porter ses nouveaux visuels (Rock Music, SS26 et Camera), elle s'est entourée d'une garde rapprochée tricolore. Dans le clip de Camera, elle s'offre une figure aussi emblématique que controversée du cinéma français : Vincent Cassel. Autour d'elle gravitent également des figures influentes de la mode et du milieu parisien comme Anthony Vaccarello, Carine Roitfeld ou encore l'attaché de presse Lucien Pagès.

Letterboxd : le carnet de bord cinéphile de la chanteuse

Si la Britannique s'entoure à ce point de figures locales, c'est d'abord parce qu'elle se nourrit en profondeur de la culture française - et plus particulièrement de son cinéma. Comme tout cinéphile moderne, Charli xcx possède un compte (premium) sur la plateforme Letterboxd. D'abord resté anonyme, le profil a rapidement été débusqué par sa communauté. Consciente d'être désormais lue par des milliers de fans, la chanteuse utilise ses critiques comme un prolongement de son univers artistique et un moyen supplémentaire de tisser un lien intime avec son public.

Parmi la centaine de titres figurant à son actif, la Nouvelle Vague occupe une place de choix. Elle voue un culte particulier à Jean-Luc Godard, accordant cinq étoiles au récent Nouvelle Vague (2025) de Richard Linklater, un hommage couronné de quatre Césars qui retrace le tournage épique d'À bout de souffle en 1960.

Sa curiosité pour la création française contemporaine s'avère tout aussi aiguisée. À son historique de visionnage figurent aussi bien le cinéma d'auteur de Justine Triet (Anatomie d'une chute, Sibyl) que le surréalisme corrosif de Quentin Dupieux (Yannick, L'Accident de piano) ou encore la chronique générationnelle Rien à foutre avec Adèle Exarchopoulos.

Entre chef-d'œuvre muet et transe hallucinée

Le profil de la popstar révèle un goût prononcé pour les partis pris radicaux, illustré par deux œuvres que tout oppose en apparence.

D'un côté, elle porte aux nues La Passion de Jeanne d'Arc (1928) de Carl Theodor Dreyer. Initialement pensé comme parlant avant de devenir muet pour raisons techniques, ce chef-d'œuvre conserve pourtant les codes du cinéma sonore, créant une expérience particulièrement déroutante. Charli xcx a confié avoir découvert le film après avoir repéré sa citation visuelle dans Vivre sa vie de Godard, livrant un commentaire vibrant après son visionnage : « J'ai pleuré en le regardant ce matin chez moi à 6 heures du matin (à cause du décalage horaire). Quel film magnifique et tragique, qui décuple le pouvoir du VISAGE à l'écran et la physicalité de l'expression. Dreyer est puissant, excessif et dramatique au possible. J'étais complètement envoûtée. J'aurais aimé regarder ce film plus tôt dans ma vie. »

À l'autre bout du spectre, le cauchemar psychédélique Climax (2018) de Gaspard Noé reçoit lui aussi la note maximale de cinq étoiles. La chanteuse y est allée d'un commentaire laconique mais explicite - « Je veux danser avec George ! » —, preuve d'une affection toute particulière pour l'esthétique organique et suffocante du réalisateur. Un clin d'œil d'autant plus naturel que la Britannique a été aperçue à plusieurs reprises dans les mêmes lieux nocturnes que le cinéaste, notamment du côté de Strasbourg Saint-Denis.

En navigant sans complexe entre l'exigence de la Nouvelle Vague, l'intensité tragique du muet et le chaos moite de Gaspard Noé, la chanteuse prouve que sa mutation musicale puise directement dans la radicalité du cinéma français.

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