Dans « Garance », l'alcoolisme est abordé comme jamais auparavant Porté par Adèle Exarchopoulos, le film est en compétition au Festival de Cannes

Comme une bonne partie des films en compétition lors de cette 79ème édition du Festival de Cannes, Garance s’inscrit dans une liste d'œuvres honorables mais pas mémorables. Au point de se demander s’il restera dans l'esprit des spectateurs une fois la quinzaine terminée. Certains films ont pourtant un éclat de plus que les autres, et c’est le cas du long-métrage de Jeanne Herry avec Adèle Exarchopoulos, dans lequel la protagoniste doit faire face à une dépendance à l’alcool qu’elle ne veut, en réalité, pas vraiment affronter.

Comédienne dans une petite compagnie itinérante qui sillonne la France pour organiser des matinées pour enfants, Garance est consciente de son problème. Elle en parle ouvertement et sait, avec tout autant de lucidité, qu’elle ne peut y remédier, tant elle est réticente à l'idée de se priver des bénéfices que l’alcool lui apporte face aux angoisses du quotidien. Une paranoïa que seul un baume comme le vin blanc peut calmer, et qui rend le discours autour de Garance particulièrement intéressant : ici, la maladie de la protagoniste n’est pas une honte à dissimuler, mais plutôt une habitude avec laquelle elle doit composer.

Le ton employé par Jeanne Herry, contrairement à ce que l'on pourrait penser vu le thème de l’alcoolisme, est empreint d’un humour vif et d’une ironie sagace. La réalisatrice ne cache jamais l’éthylisme de cette femme et ne cède pas une seule fois au reproche ou au misérabilisme à son égard. Elle préfère observer où le choix de la protagoniste la mènera, décidant de rester à ses côtés quelle que soit la direction qu’elle choisira de donner à son existence — qu'il s'agisse de chercher une solution en se rendant aux réunions des Alcooliques Anonymes, ou de poursuivre une spirale autodestructrice qui, de toute façon, entraînera inévitablement de fâcheuses conséquences.

Adèle Exarchopoulos est le choix idéal pour ce rôle-titre. Comptant parmi les interprètes les plus marquantes de sa génération, comme elle l’a prouvé tout au long de sa carrière et à nouveau dans Garance, l’actrice possède une vraie familiarité avec la comédie. Cela lui permet de donner du rythme aux répliques et d'offrir une performance brillante, sans jamais masquer les nuances plus mélancoliques, voire tristes, qui constellent inévitablement les journées floues de la protagoniste — surtout lorsqu'elle voit s’essouffler son rêve de comédienne, ou qu’elle se retrouve les collants filés après une nuit passée à danser, terminée endormie dans un bus.

L’actrice est le cœur de Garance — et heureusement pas le foie, qui commencera peu à peu à céder au rythme insoutenable de la protagoniste. Elle colle parfaitement aux intentions du scénario écrit par Jeanne Herry, qui déborde d'affection pour son héroïne malgré ses erreurs répétées, et qui dessine des relations solides et constructives qui sauront peut-être l'aider : de sa famille toujours présente à cette scénographe entrée soudainement dans sa vie, incarnée par Sara Giraudeau. La direction prise par le scénario pour mettre en scène leur relation s'accorde d'ailleurs à merveille avec l’atmosphère générale du film. Une douceur et un soutien inconditionnels, peut-être même trop au vu du comportement de Garance, mais qui contribuent à installer l'ambiance de l'œuvre, la rendant unique et personnelle. C'est d'ailleurs ce qui la sauve face à la vague de films anonymes qui a submergé le festival cette année : Garance sait au moins se distinguer, tant au sein de la compétition que face à d'autres œuvres traitant du même sujet.

Poursuivre la lecture