L’Inconnue d'Arthur Harari est une "œuvre irrecevable" Le film avec Léa Seydoux est en compétition au Festival de Cannes

L’Inconnue d’Arthur Harari, présenté en compétition au Festival de Cannes, est impardonnable. Il l'est en raison de son réalisateur et scénariste, et de l’Oscar qu’il a obtenu en 2024 pour Anatomie d’une chute (aux côtés de la réalisatrice et compagne Justine Triet). Un long-métrage qui avait précisément remporté la Palme d’or l’année précédente et conquis le public et la critique par la finesse de son écriture, laquelle analysait une mort suspecte impliquant l’actrice allemande désormais incontournable, Sandra Hüller. En effet, lorsque l'on est capable d’écrire avec une telle précision, on se demande comment il est possible de faire un tel faux pas avec ce travail porté par Léa Seydoux, qui signe ici son deuxième film en compétition cette année après le déjà présenté Gentle Monster de Marie Kreutzer.

Cette fois encore, l’œuvre tourne autour d’un mystère, mais de nature surnaturelle. Après avoir eu un rapport sexuel avec une femme inconnue, David (un Niels Schneider méconnaissable) finit par habiter son corps. Une transformation qui, comme nous le voyons au fil du long-métrage, se répète jusqu’à faire perdre la trace de la personne originelle dont tout est parti. Une sorte d’It Follows sans le sous-texte de la transmission des maladies vénériennes, et davantage concentré sur l'endroit où l’âme peut aller. Peut-être même sur ce qu’est l’âme elle-même ; dommage que L’Inconnue n’ait pas de réponse.

Bien que le mécanisme de l’échange soit intéressant et qu’une première partie brève gère avec fascination l’histoire dans laquelle l’homme est embarqué, le film se dissout rapidement comme neige au soleil. Il se perd, tout comme cet homme perdu dans le corps d’une femme qui ne peut rien faire d’autre que d'errer en espérant trouver une solution. Un tel vivier de ressources, porté par un thème si puissant, est totalement gâché, préférant l’inconsistance aux possibilités infinies de l’écriture, ce qui pétrifie les personnages et, par conséquent, l’histoire.

Dans L’Inconnue, il n’y a aucune réflexion sur ce que l’on ressent à être dans un corps, que ce soit le sien ou celui d’un autre. Aucune enquête sur l’acceptation, la dysphorie, le fait de se sentir à l’aise ou non en évoluant dans le monde. Et pas la moindre curiosité qui pourrait habiter quelqu’un se retrouvant soudainement projeté dans un genre qui n'est pas le sien. Il y a bien une scène où David, dans le corps de Léa Seydoux, s’observe attentivement : le visage, les seins, le sexe, les grains de beauté, les dents. Mais pour un film qui dépasse les deux heures et qui, pour le reste, n’exprime absolument rien d’autre, c’est bien trop peu. En réalité, ce n’est rien.

C’est confier à la dilatation du temps l’espoir que quelque chose finisse par émerger du récit, et il est déprimant de découvrir qu’en conclusion, L’Inconnue ne dit strictement rien. Rien sur le malaise de son protagoniste, ni sur l’homme qu’il était, qu’il est et qu’il espérait devenir – où les seuls changements mis en jeu résident dans les photographies de lieux « avant/après », le travail de David s'inscrivant dans la continuité de celui de son père. Rien non plus sur l’adaptation, sur la recherche, ou sur n’importe quel élan humain et intérieur que l’homme (dans le corps de la femme) est manifestement en train de traverser.

Un protagoniste épuisant auquel, comme l’affirme l'une de ses amies dans le film, il vaut bien mieux renoncer. Si évolution du personnage il y a (et nous ne parlons pas de physique), elle n’existe que dans la tête de ses scénaristes, parmi lesquels on compte, aux côtés de Harari, son frère Lucas – avec qui le réalisateur a écrit le roman graphique d'où tout est parti, Le cas David Zimmerman – et son collaborateur Vincent Poymiro. Une œuvre irrecevable, où la psychologie des personnages est tellement enfouie qu’elle finit par disparaître.

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