Le septième art refuse de céder son imaginaire à l'empire Bolloré Alors que les flashs crépitent sur la Croisette, une autre scène se joue en coulisses, bien moins glamour

Derrière le faste de l’ouverture du Festival de Cannes se cache une réalité plus sombre que les salles obscures. Le lancement de la quinzaine a été marqué par un coup d'éclat : la signature de 600 professionnels du cinéma contre l’influence grandissante de l’extrême droite dans leurs rangs. Le collectif « Zapper Bolloré » à l’origine de la tribune dans Libération vise directement le « système Bolloré », accusé de vampiriser la chaîne du film, de la création à la diffusion. Alors que Vivendi s'apprête à faire main basse sur UGC après StudioCanal, le 7ème art français sonne l'alarme : le scénario d'une hégémonie réactionnaire est déjà en cours de tournage.

La Croisette s'amuse, l'empire s’étend

La quinzaine vient de débuter avec son rituel habituel : projections, montées des marches millimétrées et afters jusqu’au lever du soleil. Mais derrière cette carte postale édulcorée, le paysage audiovisuel français subit un sérieux ravalement de façade. Après avoir perdu les droits de diffusion du Festival au profit de France Télévisions, Vincent Bolloré semble avoir décidé de racheter le reste du décor.

Dernière conquête en date : le groupe UGC. Après avoir croqué 34 % des parts, le groupe Bolloré ne cache plus son appétit pour la troisième chaîne de cinémas de France, visant 100 % du capital d’ici 2028. Si l’on ajoute à cela la mainmise de Vivendi sur Canal+ et sa filiale StudioCanal (numéro 1 de la production en Europe), le constat est glacial : de l'écriture du scénario jusqu'au fauteuil rouge du spectateur, le milliardaire verrouille toute la chaîne.

Le « Projet Civilisationnel »

Dans une tribune incisive publiée par Libération, le collectif « Zapper Bolloré » tire la sonnette d’alarme. Pour ces 600 signataires, il ne s’agit pas d’un simple business de divertissement, mais d’une offensive idéologique : « Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas qu’il mène un « projet civilisationnel » réactionnaire d’extrême droite. Si l’influence sur le contenu des films est restée discrète jusqu’ici, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas. »

Le précédent de l’édition sert d’avertissement. Le rachat d’Hachette a provoqué une hémorragie interne, symbolisée par la démission d'Olivier Nora chez Grasset, perçu comme le dernier rempart avant le déluge. Aujourd’hui, des auteurs comme Virginie Despentes ou Bernard-Henri Lévy refusent de voir leurs noms associés à l'empire, tandis que les éditions Fayard, désormais sous tutelle, se transforment en officines de promotion pour Jordan Bardella ou Philippe de Villiers.

600 noms pour dire « Coupez ! »

Le collectif ne mâche pas ses mots en dénonçant une « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ». Cette tribune est plus qu’un cri du cœur ; c’est un refus catégorique de dépendre de l’argent d’un homme dont les chaînes (CNews en tête) font le lit de la haine.

Parmi les signataires, on retrouve le gratin du 7ème art : Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi, Swann Arlaud ou encore Adèle Haenel.

Des acteurs, des réalisateurs, mais aussi des scriptes et des programmateurs... C’est tout le corps du cinéma qui s’insurge contre cette « bollorisation » des esprits. À Cannes, le cinéma français rappelle qu'il sait encore mordre, même quand on essaie de lui acheter sa niche.

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