Cannes 2026 : Clap de fin pour TikTok, remplacé par Meta sur fond de polémique IA Le Palais des Festivals change d’algorithme

Après quatre ans de règne de TikTok, c’est désormais le géant américain Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) qui s’impose comme partenaire officiel de la 79e édition du Festival de Cannes. Ce passage de relais montre l’influence de la Silicon Valley sur la Croisette, transformant le temple du septième art en un laboratoire à ciel ouvert pour les ambitions de Mark Zuckerberg.

Cannes a toujours mené une guerre (perdue d'avance ?) contre les selfies et les smartphones sur les marches. Pourtant, le loup est désormais dans la bergerie. Meta prévoit de munir sa "brigade" d’influenceurs de ses lunettes Ray-Ban Meta. Ces montures permettent de filmer et de diffuser en direct sans jamais sortir un téléphone de sa poche. Mieux (ou pire) : elles servent de vitrine à l'outil de traduction immédiate de la marque. Sous couvert de briser les barrières linguistiques du cinéma mondial, Meta s'assure surtout une captation sauvage et permanente des festivités, rendant la règle de l'interdiction des écrans totalement obsolète. Ce dispositif renforce inévitablement la présence de créateurs de contenus qui, d'année en année, grignotent l'espace autrefois réservé aux journalistes et aux critiques de cinéma.

L’implication de la multinationale s’étend jusque dans les salles obscures avec la présentation de John Lennon: The Last Interview, un film signé Steven Soderbergh. Ce projet, qui bénéficie d'un partenariat technologique direct, a massivement utilisé les outils d’intelligence artificielle de Meta pour sa conception. Cette collaboration crée un contraste saisissant avec les propos tenus par la présidente du Festival, Iris Knobloch, lors de l’annonce de la sélection officielle. Le 9 avril dernier, elle affirmait : « l'intelligence artificielle est déjà entrée dans les studios, dans les salles de montage, dans le processus de création. Nous ne fermons pas les yeux mais nous refusons qu'elle dicte sa loi au cinéma ». En accueillant la « Meta House » au sein du prestigieux hôtel Majestic, le Festival semble pourtant valider l'hégémonie de cette technologie. 

Ce choix de partenaire soulève une vague d'indignation au sein de la famille du cinéma français. Quelques semaines avant l'ouverture, une tribune rassemblant 4 000 signatures de comédiens dénonçait dans les colonnes du Parisien le « pillage en règle » opéré par les IA génératrices de contenus. Le malaise est d'autant plus palpable que le Palais des Festivals a déjà accueilli, fin avril, le Festival mondial des films réalisés par l’intelligence artificielle. Cette convergence d'intérêts financiers et technologiques s'opère dans un contexte social et juridique particulièrement tendu pour Meta.

En effet, le prestige de la Croisette sert ici d'écran de fumée à une actualité judiciaire peu reluisante pour la plateforme. Meta vient d'être reconnu coupable par un tribunal de Los Angeles d'avoir délibérément conçu des algorithmes créant une dépendance chez les mineurs. Condamnée à verser six millions de dollars à une jeune plaignante, l'entreprise est pointée du doigt pour ses manquements graves en matière de prévention. En s’alliant à un tel mastodonte au moment même où l’industrie s’inquiète pour sa survie, le Festival de Cannes prend le risque de sacrifier son éthique sur l'autel de la modernité numérique.

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