
Giambattista Valli a racheté sa marque pour un euro seulement Un chiffre symbolique, qui marque la remise à zéro des dettes de la marque
France
21 Mai 2026
21 Mai 2026
Giambattista Valli a toujours été un peu un phare de la mode italienne à Paris. C’est pour cette raison que toute l’industrie a été très déçue lorsque le designer a dû renoncer à défiler deux fois consécutives à la Paris Fashion Week pour ce qui étaient manifestement des problèmes économiques. Maintenant les choses devraient s’être améliorées car, comme cela s’est déjà produit avec plusieurs marques par le passé, Giambattista Valli a repris le contrôle total de sa Maison. Une excellente nouvelle, mais dont les coulisses sont plus intéressantes qu’il n’y paraît, comme l’a rapporté Fabiana Giacomotti dans Il Foglio : le designer aurait en effet racheté sa marque pour la somme symbolique d’un seul euro.
Mais qu’est-ce que cela signifie ?
Un accord à un euro
Comme l’explique Giacomotti, Artémis, le fonds d’investissement de la famille Pinault qui contrôle également Kering, a restitué à Valli sa marque pour la somme symbolique d’un seul euro. Le prix réel de l’opération a cependant été l’annulation d’une dette accumulée par la marque qui avait dépassé les 44 millions d’euros, face à un chiffre d’affaires qui, dans le dernier bilan disponible (celui de 2018), n’atteignait pas 20 millions.
Évidemment, si Valli avait racheté la marque telle quelle, sans cet « effacement » des dettes, il serait tombé en faillite immédiate. Mais le choix de François-Henri Pinault a permis à Valli, qui détenait une participation de 4 % de l’entreprise, de reprendre possession de sa marque après ce que l’on pourrait décrire comme un hard reset de ses finances. Selon la journaliste, cette générosité est due à l’influence de Salma Hayek, épouse de Pinault et fidèle soutien du designer romain. Désormais le designer reviendra à la Haute Couture mais sur une échelle plus réduite et durable, comme il se doit.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
@giolannes walking for Giambattista Valli in Paris @tola som original - bryanrei10
La marque a été fondée en 2005 à Paris. À cette époque Valli, après des études à l’IED Roma et au CSM de Londres, avait déjà travaillé pour Capucci, Fendi, Krizia et comme directeur créatif d’Ungaro. Initialement la marque bénéficiait du soutien manufacturier d’abord de Gilmar, l’entreprise de la famille Gerani, puis de Mariella Burani. Lorsque cette dernière est entrée en crise en 2010, Valli est devenu indépendant pour la première fois et l’année suivante, en 2011, il a présenté sa première collection Haute Couture en intégrant la Chambre Syndicale de la Haute Couture.
En 2017 Artémis est devenu l’un des financeurs de la marque, en acquérant 30 % de celle-ci. C’était un investissement pour l’avenir, car Valli était déjà un nom important dans la Haute Couture et allait bientôt expérimenter des ramifications plus commerciales, comme la collaboration avec H&M arrivée deux ans plus tard. L’intérêt des Pinault était clair puisque, via Artemis, ils ont continué à acquérir des parts de plus en plus importantes, atteignant 84,78 % en juin dernier. Cependant Kering était en crise et, à cette période, Luca De Meo a fait son entrée dans le groupe avec pour mission d’élaguer les branches mortes et de se débarrasser des poids morts. Avec tout le respect qui s’impose.
La cession de Valli peut donc être placée dans le même dossier métaphorique du « secouement des poids » voulu par De Meo, qui a vu les Pinault céder la division Kering Beauté, reporter l’acquisition de Valentino, changer complètement leur stratégie d’acquisition immobilière et, plus récemment, céder leurs parts de Puma à Anta Sports et réduire McQueen. Il ne faut toutefois pas penser que la stratégie d’allègement concerne uniquement Kering : la semaine dernière LVMH a également vendu Marc Jacobs après avoir « affranchi » Stella McCartney seulement quelques mois plus tôt.