
Quentin Dupieux affronte le problème de la colère dans ''Full Phil'' Kristen Stewart et Woody Harrelson sont père et fille dans un conte surréaliste sur la colère et le besoin de se réconcilier
France
20 Mai 2026
20 Mai 2026
Dans Full Phil de Quentin Dupieux, les protagonistes Kristen Stewart et Woody Harrelson ont une alchimie folle. Dans le film, ils sont un père et une fille qui tentent de se reconnecter l’un à l’autre : ou plutôt, c’est le parent qui essaie de rétablir une relation en emmenant la jeune femme à Paris et en louant la suite la plus chère et la plus luxueuse de leur hôtel. Les résultats, pourtant, ne se voient pas : Stewart semble distraite et uniquement intéressée par le fait de manger en regardant de vieux films, tandis que l’homme est accusé de couver une colère dangereuse et malsaine qui pourrait finir par le faire exploser.
Dans cette hybridation entre cinéma d’auteur français et casting international présentée hors compétition au festival de Cannes, Dupieux poursuit sa carrière prolifique en livrant un nouveau titre qui, exactement comme le reste de sa filmographie, relève davantage de l’expérimentation au sein d’un projet plus vaste. Une pièce supplémentaire d’une mosaïque dans laquelle l’auteur utilise le médium comme s’il était un fabricant de jouets, s’amusant à bouleverser les plans et à créer des boîtes chinoises où il peut appliquer les concepts du surréel au support cinématographique, et qui dessinent sa vision de cinéaste. Un pionnier moderne, qui a su faire du grotesque une marque reconnaissable, bien que chaque fois différente de son travail précédent. Un corpus avec lequel il est possible de définir la personnalité unique du réalisateur français, capable d’appliquer l’absurde et l’inquiétant, le connu et l’inconnu, tout à la fois.
Woody Harrelson, Emma Mackey, Charlotte Le Bon et Kristen Stewart sont à #Cannes2026 pour la présentation du film "Full Phil" de Quentin Dupieux pic.twitter.com/Pp0xKLuBt6
— Jeremy M. (@JeremyMingot) May 16, 2026
Avec Full Phil, il le fait en utilisant très peu de lieux dans l’intrigue principale, se laissant davantage aller lorsque l’œuvre s’amuse à remettre en scène un faux vieux film du passé sur une créature mi-homme, mi-poisson, qui rappelle L’Étrange Créature du lac noir. Un film dans le film, deux récits qui ne sont liés par rien : et c’est là, dans une œuvre de Dupieux, l’une des choses les plus fascinantes : la possibilité de ne pas devoir forcément trouver un sens logique aux suggestions que l’auteur assemble ; se laisser convaincre qu’il est parfaitement logique que ce qui se passe dans le film n’ait pas nécessairement de sens.
Tandis que les images en noir et blanc du film culte fictif défilent sur un petit lecteur portable dans une vraie vie pourtant paradoxale, les protagonistes de Full Phil se confrontent en patinant sur le fil très mince de l’irascibilité, un thème de plus en plus courant dans les récits contemporains, surtout lorsqu’il s’agit de vouloir l’apaiser jusqu’à la faire disparaître. Si, dans la chambre d’hôtel qui sert de décor au film, le personnage de Harrelson est sous observation pour ses réactions, dans les rues de Paris, la situation est réellement hors de contrôle : dangereuse comme l’était la ville enfiévrée de Beau Is Afraid d’Ari Aster, qui contextualise le sentiment rampant d’inquiétude que le présent nous jette dessus et que les personnages somatiseront à leur manière : les uns en mangeant, les autres en commençant à gonfler.
Kristen Stewart, Woody Harrelson and the cast of “Full Phil” receive a pre-screening ovation at the film’s worldwide premiere at #Cannes. pic.twitter.com/9D5QC2Uij4
— Variety (@Variety) May 16, 2026
Une cause et un effet qui agissent avec (in)cohérence dans l’excentricité de Full Phil, qui devient une thérapie de choc à laquelle on ne peut échapper, tout comme il est impossible de se soustraire à l’œil vigilant de la curieuse employée de l’hôtel interprétée par Charlotte Le Bon, qui surveillera les actions de Harrelson. Un conte ironique et impertinent comme Quentin Dupieux sait les écrire, dont chacun peut tirer sa propre morale.






