
Juliette Binoche et 12 films indépendants à l’assault du Festival de Deauville Entre cinéma indépendant et production hollywoodienne
Du 4 au 13 septembre prochains, Deauville déroule son tapis rouge pour la 52ᵉ édition de son mythique festival. Événement phare de la rentrée, le Festival du cinéma américain réunit cette année 80 films répartis en neuf catégories, avec un équilibre toujours aussi savoureux entre grosses machines hollywoodiennes et pépites indépendantes. Pour cette édition 2026, le parrainage de la maison Chanel ne déroge pas à la règle, le jury aura la lourde tâche de départager les 13 long-métrages en compétition. Aux commandes de ce jury d'exception : Roschdy Zem (Palme d’or du Meilleur acteur pour Indigènes et César du Meilleur acteur pour Roubaix, une lumière), qui aura l’honneur de remettre le prestigieux Grand Prix.
La vraie force de ce rendez-vous normand ? Son accessibilité. Entièrement ouvert au grand public, le festival transforme la ville en temple du 7ᵉ art pendant dix jours. Du Centre International de Deauville (CID) au Cinéma du Casino, en passant par le Cinéma Morny Club, les curieux et cinéphiles pourront déambuler à leur guise à travers une centaine de projections.
Tour d'horizon des 13 œuvres indépendantes qui composent la compétition cette année.
A Prayer For the Dying — Dara Van Dusen
Adapté du roman éponyme de Stewart O’Nan publié en 2001, ce drame historique nous plonge en 1870, dans la moite atmosphère estivale de Friendship, petite bourgade du Wisconsin. La communauté repose sur les épaules de Jacob Hansen, héros de la guerre de Sécession incapable d'échapper aux fantômes et à la violence de son passé militaire. Pour expier ses fautes, Jacob accumule les casquettes : père de famille, shérif, croque-mort et pasteur. Convaincu qu'il doit protéger la ville coûte que coûte, sa dévotion vire à l'obsession lorsqu'une épidémie incontrôlable frappe la région.
Club Kid — Jordan Firstman
Pour son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, l'acteur que l'on avait adoré dans la mini-série I Love LA frappe un grand coup. Après avoir fait sensation à Cannes - où Vogue saluait déjà la « naissance d'un grand cinéaste » - Jordan Firstman continue sa tournée des festivals à Deauville. Club Kid suit un promoteur de soirées new-yorkais sur le déclin, contraint de remettre de l'ordre dans son existence chaotique après l'irruption soudaine d'un visiteur inattendu.
Company — Casey Affleck
Troisième réalisation de Casey Affleck - présentée en parallèle à la Mostra de Venise - Company vient clore ce que le comédien-réalisateur décrit comme une trilogie inconsciente entamée avec le documenteur I’m Still Here (2010) et le drame intimiste Light of My Life (2019). « Mon premier film parlait d'un homme dévoré par lui-même. Le deuxième, d'un homme entièrement dévoué aux autres. Le troisième demande : comment faire la paix avec la vie qui nous a été donnée ? », confie l'auteur. Une exploration intime et philosophique très attendue.
Everybody Digs Bill Evans — Grant Gee
Le cinéaste britannique Grant Gee, remarqué pour ses documentaires musicaux de référence sur Radiohead (Meeting People Is Easy) et Joy Division, s'attaque à un monument du jazz. New York, juin 1961 : le pianiste de légende Bill Evans et son âme sœur musicale, le bassiste Scott LaFaro, s'installent au Village Vanguard. Une résidence mythique qui donnera naissance, en une seule et unique journée d'enregistrement live, à deux des plus grands albums de l'histoire du jazz.
Here I’m Alive — Joshua Z. Weinstein
Couronné du prix spécial du Jury à Tribeca en juin dernier pour son immersion fascinante au cœur de subcultures rarement explorées, le nouveau film de Joshua Z. Weinstein capture le destin d'une galerie de personnages interprétés par des comédiens non professionnels. Durant une nuit unique, le récit esquisse une série de portraits d'une grande sensibilité, explorant l'aliénation, la solitude, l'addiction aux réseaux sociaux, le phénomène du looksmaxxing et la quête de célébrité instantanée.
I’ll Be Gone in June — Katharina Rivilis
Révélé dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes, ce premier long-métrage de l'actrice et réalisatrice allemande Katharina Rivilis s'inspire directement de ses années d'études aux États-Unis. À travers le personnage de Franny, une jeune fille de 16 ans coincée à Las Cruces (Nouveau-Mexique) au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la cinéaste livre un récit d'apprentissage intimiste sur une période charnière de sa propre vie.
If I Go Will They Miss Me — Walter Thompson-Hernández
Centré sur la relation complexe entre un père et son fils, ce film suit un garçon de 12 ans cherchant désespérément à garder le contact avec son père incarcéré. Le quotidien du jeune garçon bascule lorsqu'il commence à avoir des visions mystérieuses - entre dieux grecs et avions surplombant son quartier - qui s'immiscent progressivement dans sa réalité.
Méli-Mélo — Leah Nelson
Sarah, artiste et militante dans le San Francisco engagé des années 90, voit sa vie basculer lorsque la maladie d'Alzheimer de sa mère la force à revenir dans sa ville natale. Écartelée entre une romance naissante, ses ambitions professionnelles et une famille fantasque dépassée par la situation, elle embarque ses proches dans un voyage imprévu au Mexique. Un périple drôle et touchant où Sarah devra apprendre à lâcher prise et à accepter les failles de ceux qu'elle aime.
Mouse — Kelly O’Sullivan
Découvert à la Berlinale en début d'année, Mouse aborde de front la thématique du deuil et de l'absence. Le film suit le parcours de Minnie, une jeune femme brutalement confrontée à la mort tragique de sa meilleure amie dans un accident de voiture, et retrace le chemin sinueux vers la reconstruction.
Party USA — Jared Sprouse
Bien que le film s'ouvre sur la mort d'un père, Jared Sprouse prend le contre-pied du drame étouffant pour signer une comédie de bureau grinçante. Taylor, employée dans un magasin d'articles de fête, cherche désespérément un remplaçant pour prendre sa journée après le décès de son père. Une simple erreur d'organisation déclenche alors un engrenage infernal et sème un chaos hilarant au sein de ce petit monde du travail paré aux couleurs de la bannière étoilée.
Queen at Sea — Lance Hammer
Dix-huit ans après le très remarqué Ballast, le réalisateur Lance Hammer signe son grand retour avec un drame éthique porté par Juliette Binoche, toujours aussi magistrale dans le cinéma indépendant américain. Binoche y incarne Amanda, une fille confrontée à un dilemme déchirant aux côtés de son beau-père : face à la démence avançaie de sa mère, qui doit décider de son avenir lorsque la raison s'efface ? Le conjoint, l'enfant ou l'institution ?
Test — Sam McConnell
Dans une petite ville industrielle de l'Ohio, Eddie, culturiste amateur, tente de poursuivre son rêve de devenir champion. Librement inspiré de la vie du scénariste et comédien principal Brock Yurick, le film dépeint le combat intime d'un homme face à une famille dysfonctionnelle, des problèmes de toxicomanie et l'éveil à sa propre sexualité au contact de son nouvel entraîneur.
The Liberation of Rita Cooper — Guy Nattiv
Pour son septième long-métrage, Guy Nattiv s'inspire du parcours réel de sa propre grand-mère. Dans le New Jersey des années 80, Rita, épuisée par un quotidien lourd et un passé traumatique, croit trouver le salut auprès de Ricky, leader charismatique d'une communauté exclusivement féminine aux dérives sectaires. Lorsque ses deux filles tentent de l'en extirper, Rita se retrouve face à un choix cornélien : préserver sa liberté illusoire ou retrouver la vie qu'elle a laissée derrière elle.
























