
"Roma elastica" avec Marion Cotillard : notre avis sur le film Le nouveau film de Bertrand Mandico a été présenté hors compétition au Festival de Cannes
Pour accepter Roma Elastica, il faut accepter d’entrer dans son jeu. Ce qui n’est pas si difficile à comprendre. Le film de Bertrand Mandico, présenté hors compétition au Festival de Cannes, s'impose comme un « nanar » haut de gamme avant même d’avoir commencé ; il est désagréable parce qu’il cherche à l’être, et intellectuel alors même qu’il feint le contraire. C’est l’histoire d’une actrice, l’icône Eddie, incarnée par la star Marion Cotillard. La tumeur qui lui presse la nuque lui rend la vie et le travail impossibles — deux choses qu’elle va pourtant devoir mener de front face au tournage imminent d’un film dans la Ville Éternelle. Elle y est accompagnée par Valentina, sa maquilleuse fidèle, interprétée par une autre figure incontournable du paysage français et international : Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu).
Oscillant entre l’atmosphère d'Elio Petri dans La Dixième Victime et l'univers de David Cronenberg — même si la thèse de Mandico prend le contre-pied exact du cinéaste canadien. Ici, le « gloire et longue vie à la nouvelle chair » devient au contraire un souhait de mort. L’opération Roma elastica se veut délibérément provocatrice et techniquement décousue. Le film dégage un charme suggestif qui semble tout droit sorti d’un passé récent, comme s'il avait traversé le temps pour arriver jusqu’à nous, un effet que l’on retrouve tant dans les décors que dans la photographie de Nicolas Eveilleau. Celle-ci est floue au point de rendre le film immatériel, avant de nous catapulter à nouveau dans le présent à la simple évocation de YouTube ou TikTok. La capitale italienne y est dépeinte comme inconsistante, et les seules choses qui lui redonnent de la matière sont les statues disséminées partout à l'écran.
Les réactions modérées ne sont pas de mise avec Mandico. À chaque séquence, il pousse le curseur un peu plus loin, truffant son récit de personnages improbables, de gangs de costumiers, de réalisatrices voyantes et d’accessoires qui rappellent le Possession d’Andrzej Żuławski. La progression de la modernité y est à la fois encouragée et combattue, placée à l’horizon mais toujours repoussée. C'est à l'image de la maladie du personnage de Cotillard, ou plus encore, de son refus obstiné de vieillir. Le mot « jeunesse » revient sans cesse sur les lèvres des protagonistes, comme l'unique rempart du possible, même lorsqu’ils ont conscience qu'elle leur échappe. Cette réflexion se mêle à un discours sur ce qui est périssable ou non dans ce monde, particulièrement aujourd'hui où l’art est devenu une chose souvent futile, vide, indexée sur la vitesse de notre époque, synonyme d'une seule chose : la consommation — et le consumérisme — effrénée.
En raison de cette profusion d'axiomes, de prédictions, de questionnements sur la peau que nous habitons et sur les destins que seul le cinéma peut réécrire à sa guise, le film de Bertrand Mandico n’est pas des plus digestes. À moins, bien sûr, d’accepter la folie du réalisateur français — volontairement cheap, mais parfois un peu trop — qui impose indéniablement sa vision. Une vision saturée, mais pas confuse, jetée dans un chaudron aux côtés de tellement d’idées que le spectateur doit impérativement adhérer à l’esthétique et au ton sous peine de trouver l’expérience insoutenable. Il en va de même pour la direction d’acteurs, délibérément excessive, face à un casting survolté à qui l’on demande de faire corps avec cette machine infernale. Une dynamique que chacun s'approprie sans problème, laissant au public le soin de tolérer ou non leur jeu. Ainsi, Roma elastica est un divertissement prétentieux et prétextuel, mais qui peut pousser à la réflexion, et parfois à l’évasion. Un film sans concessions qui doit s'apprivoiser, et qui ne ment jamais sur sa véritable nature.





















