
« Histoires de la nuit » : une fête à laquelle on ne voudrait pas être invité Le thriller de Léa Mysius a été présenté en compétition au Festival de Cannes
Le débat récurrent autour de la place accordée aux films de genre dans les compétitions des grands festivals reste plus que jamais ouvert. Il existe évidemment des exceptions et, ces dernières années, les portes se sont notamment ouvertes grâce à des victoires majeures comme la Palme d'or de Titane ou des séismes cinématographiques tels que The Substance. Lors de cette 79e édition du Festival de Cannes, la présence d'un film comme Hope en compétition officielle est le signe évident que les temps ont changé. C'est donc avec cette conscience que les critiques adressées à un autre film en compétition, Histoires de la nuit de Léa Mysius, ne ciblent pas sa nature de thriller, mais concernent simplement sa réalisation.
Cette œuvre est l'adaptation du roman éponyme de Laurent Mauvignier publié en 2020, scénarisée par la réalisatrice elle-même. Le casting réunit des visages bien connus du paysage français et international, de Hafsia Herzi à Benoît Magimel, en passant par Bastien Bouillon et Monica Bellucci. Ce qui devait être une fête va se transformer en une nuit cauchemardesque pour les personnages de Nora (Herzi), Thomas (Bouillon) et leur jeune fille Ida (la révélation Tawba El Gharchi), lorsque les souvenirs criminels et dangereux du passé de la jeune femme s'invitent sans prévenir. En guise de cadeaux, une série de révélations dévoile des secrets indicibles et des actes cruels. Une violation de la vie privée de cette famille qui fragilise des dynamiques déjà tendues et contribue à échauffer les esprits de chacun.
Pourtant, on ne peut pas dire que cette tension soit partagée par le public. Accueilli au cœur du hameau où vivent Nora et sa famille, non loin de l'artiste insatisfaite campée par Bellucci, le spectateur est invité à rester assis à regarder un jeu sadique qui s'engage pendant le dîner, mais qui semble pendant bien trop longtemps ne mener nulle part. Même lorsque les cartes sont abattues, le film reste en surface. Il souffre d'un défaut d'écriture flagrant : croire qu'il suffit de quelques mystères un peu scabreux pour tenir les rênes de tout un long-métrage. Face à ce scénario, les acteurs sont laissés en roue libre — peut-être un peu trop — et leurs performances ne s'accordent pas toujours entre elles, ni avec l'atmosphère de cette soirée à haut risque.
La volonté de remuer la boue est évidente, mais ce désir obsessionnel de choquer finit par faire perdre le fil du ton, du jeu et de l'intensité requis pour Histoires de la nuit. Au bout du compte, tout semble déjà écrit à l'avance, et les rares éléments qui auraient mérité un approfondissement ne parviennent jamais à aller au cœur du sujet — ou du moins, pas de manière viscérale ni originale. C'est le cas de la relation entre Nora et sa fille Ida : bien qu'elle constitue un pivot essentiel dans les rouages complexes de l'histoire, une analyse plus poussée et un développement plus circonstancié auraient grandement profité à la psychologie des personnages, rendant leurs comportements et leurs décisions bien plus compréhensibles.
Malheureusement, le jeu des acteurs finit lui aussi par être bridé par le script, sans que les interprètes ne parviennent à en reprendre le contrôle. Les personnages manquent cruellement de relief et, à l'instar de ce passé qui frappe à la porte de Nora, ils ne sont qu'esquissés, laissant aux spectateurs la tâche de chercher un semblant d'introspection dans leurs rôles. Voilà des gens avec qui nous n'aurions aucun plaisir à passer une soirée, et à qui nous dirions probablement non pour aller au cinéma, surtout si le film à l'affiche est Histoires de la nuit.























