Les étudiants de l’Istituto Marangoni présentent leur collection de fin d’année Cette cuvée de jeunes designers fait de la mode un langage alternatif

Loin du tumulte des tendances éphémères, plusieurs de ces collections s’emparent des nuances infinies du silence - politique, architectural ou mythologique - pour en faire un manifeste textile, redéfinissant ainsi l’armure de la femme de demain.

L'éloquence du silence

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Là où les mots s'effacent, le vêtement prend la parole. Trois designers explorent le silence non comme une absence, mais comme une présence vibrante, un espace de résilience et de métamorphose.

« La voix du silence » – Amro Njad Atamleh (Palestine)

Pour le designer palestinien Amro Njad Atamleh, le silence n’est pas un mutisme, c’est un sanctuaire. Ses silhouettes drapées s’érigent au carrefour du costume traditionnel palestinien et de la rigueur de la haute couture parisienne. Dans ce dialogue, le langage se fait autre : il s’écrit dans le frémissement d'un geste, l'exactitude d'un tombé, ou dans l’ellipse poignante d'un motif que le regard devine sans jamais le saisir entièrement. Un hommage en creux, où l'absence devient le plus puissant des témoignages.

« AHILYIA » – Tanisha Nevrekar (Inde)

Tanisha Nevrekar s'empare, elle aussi, d’un silence séculaire : celui des femmes que l’Histoire a contraintes au mutisme. Inspirée par la figure mythologique hindoue d'Ahilyia - pétrifiée par une malédiction avant d'être ressuscitée par le toucher salvateur du dieu Rama - la créatrice capture l’instant précis de la libération. Cette transition de la roche à la vie se traduit par une approche éco-responsable et organique : l'osier tressé structure les accessoires, tandis qu'un corset semble s'effilocher à même le corps, en train de se défaire pour libérer celle qui le porte. Un power dressing où la parole renaît des cendres de la pierre. 

« A Continuum of Form: held in balance » – Trisha Talpady (Inde)

Chez Trisha Talpady, le silence est solennel. Il emprunte à l’univers de l'équitation. La designer insuffle une retenue souveraine en transposant les codes tailleurs masculins dans le vestiaire féminin. Les pattes de braguette et les plis creux sont réinterprétés avec une géométrie milimétrée, tandis que les jupes fendues cavalières et les pièces en cuir imposent le cadre hippique. Une collection en équilibre parfait, où le vêtement impose le respect sans jamais élever la voix.

Espaces intimes et architectures portables

Quand le vêtement devient un lieu de passage, une transition entre l'intime et le public, le rigide et l’organique.

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« The Woman Between Rooms » – Carlotta Baader (Allemagne)

Spécialisée dans le womenswear, l’Allemande Carlotta Baader mène une recherche vestimentaire profondément féministe, s'intéressant à l'espace physique et psychologique qui sépare la femme de ses vêtements. Jalonnée de références pointues - de l’audace de Paul Poiret à Eileen Gray, jusqu'aux flux de conscience de Virginia Woolf - sa collection explore le sas de transition d'une pièce à l'autre. Le passage du salon d’une grande fête à la solitude d'une chambre se traduit par le dépouillement : les habits de représentation de la veille s'effacent au profit de pièces unisexes et protectrices, comme la chemise d'homme ou le manteau de peintre. Le vêtement de travail devient alors un ultime refuge. 

« Concrete garden » – Chaerin Park (Corée du Sud)

La designer sud-coréenne Chaerin Park pense le vêtement comme une « architecture portable ». Sa collection est le théâtre d'un affrontement poétique entre la permanence rigide des lignes géométriques et l'invasion organique d’une nature qui reprend ses droits. À travers cette réflexion sur la durabilité, le vêtement devient un médium temporel : les formes structurées se laissent dévorer par le vivant, offrant une métaphore textile de la résilience de notre écosystème.

Rituels du quotidien

Du magnétisme de la fête aux chorégraphies inconscientes de nos journées, le vêtement se fait le miroir de nos désirs de liberté.

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« Eclipse Fantasy » – Simon Chichportich (France)

Simon Chichportich signe une ode vibrante à la nuit des décennies 1980 et 1990. Le créateur français capture l’essence d’une femme noctambule, affamée de liberté, pour qui le dancefloor est le seul territoire d'émancipation possible. Pour traduire cette intensité, la palette chromatique se fait radicale : un face-à-face entre le noir et le blanc, relevé par un rouge écarlate et charnel travaillé dans le cuir. Une garde-robe d'héroïne nocturne. 

« Lipstick breakfast » – Marina Roudier (France)

Avec un titre aux accents pop qui rappelle l'efficacité d'un morceau d'Addison Rae, la Française Marina Roudier prouve sa maîtrise du tailoring, qu'elle applique à des constructions anatomiques singulières. Sa collection sublime l'ordinaire : ces gestes machinaux et presque inconscients que nous faisons au quotidien - retrousser une manche, suspendre ses lunettes au col d’une chemise, relever le col d'un polo. En figeant ces mimiques dans la structure même du vêtement, Marina Roudier dessine un futur où ces petites habitudes familières deviennent le comble du luxe.

En définitive, cette promotion de l'Istituto Marangoni refuse le vêtement bavard ou purement décoratif. Qu'ils choisissent d'habiller les silences de l'Histoire, de sculpter l'espace entre les corps ou de sacraliser les rituels infimes de nos journées, ces jeunes créateurs partagent une même urgence : celle de redonner de la substance à l'éphémère. Par la grâce d’un pli, la rigueur d’une coupe ou le choix d’un matériau responsable, la mode s'affirme ici comme un art de la résistance et de la métamorphose. Plus qu’un défilé de fin d’année, c’est un manifeste silencieux mais puissant que cette nouvelle garde nous livre, prouvant que la mode de demain ne se contentera plus de donner à voir, mais s'attachera à vêtir ce qui ne se voit pas : nos mémoires, nos rituels et nos libertés. 

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