Le troisième album d’Angèle, « Instinct » sortira à l’automne Une promotion sur fond de polémiques

Angèle ou l’art du teasing

La chanteuse belge continue de disséminer de précieux indices sur son futur (et imminent) projet… C’est sur Instagram qu’elle a finalement levé le voile ce week-end sur la date de sortie de l’album. Plutôt que de partager l’information de manière brute, l’interprète de « Fever » a une nouvelle fois préféré faire cogiter sa communauté. À décoder : « Instinct 16 15.3.20.15.2.18.5 26 ». Les plus attentifs ont rapidement converti les chiffres selon la numérotation des lettres dans l’alphabet (15 = O, 3 = C, 20 = T, 15 = O, 2 = B, 18 = R, 5 = E) pour obtenir l'échéance : le 16 octobre 2026.

Deux jours plus tôt, elle s’affichait déjà en lipsync sur un court extrait d’un morceau inédit, collier Justine Clenquet autour du cou. Si le titre n’a pas encore été officialisé, la mélodie entêtante s’est déjà bien installée dans les esprits.

Un virage techno qui fait débat

Bien avant cette annonce, Angèle avait déjà posé les jalons de sa mutation avec deux singles : « What you want », en collaboration avec Justice, puis « Dis-le ». Un virage club/techno sans équivoque, confirmé par l’esthétique du clip de « Dis-le » réalisé par Suzie et Leo. Mis en scène aux côtés du collectif de danse La Horde, la vidéo reprend explicitement les codes visuels et l’énergie des rave parties.

Mais ce choix artistique passe mal. L'imagerie choisie se heurte de plein fouet au contexte politique actuel : le clip est sorti au moment même où l’Assemblée nationale et le Sénat adoptaient la loi « Ripost » (le 21 juillet), durcissant considérablement les sanctions contre les rassemblements festifs non déclarés - prévoyant désormais jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Une concomitance qui a fait grincer des dents au sein d'une scène « teufeuse » en pleine mobilisation.

Deuxième ombre au tableau pour ce clip : des emprunts trop appuyés à l’œuvre de Seana Gavin. La photographe londonienne, figure de la documentation de la culture free party des années 90, a publiquement dénoncé sur Instagram l'appropriation sans consentement de son travail. Au-delà du plagiat graphique, l’artiste a surtout pointé du doigt un contresens culturel : « Je ne vois pas non plus le rapport entre cette musique pop contemporaine et le mouvement underground des free parties. J’ai l’impression qu’ils s’inspirent de l’esthétique sans prendre en compte l’essence de cette scène. »

Appropriation culturelle ou démocratisation ?

Cette controverse remet sur le tapis la frontière fragile entre hommage et récupération. En lissant les contours d'une contre-culture historique pour la mouler dans un produit pop commercial, la démarche interroge sur la déconnexion entre l'esthétique glamourisée et la réalité politique du mouvement underground.

Pourtant, Angèle persiste et signe dans son immersion électronique. En rejoignant la DJ Amelie Lens sur scène lors de sa tournée des festivals cet été - notamment à Dour - la chanteuse belge a surpris son monde en teasant un nouveau featuring intitulé « Run ». Une collaboration qui enfonce encore un peu plus le clou de ses nouvelles influences.

Alors qu’Angèle multiplie les prises de parole et les apparitions stratégiques sur ses réseaux, ce virage techno engagé à grande échelle ne laisse personne indifférent. Reste à savoir si « Instinct » parviendra à réconcilier les puristes du genre et le grand public lors de sa sortie cet automne.

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