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La France va-t-elle finalement à instaurer des congés menstruels?

Après un premier rejet, le texte sera de nouveau examiné en séance le 4 avril

 La France va-t-elle finalement à instaurer des congés menstruels?  Après un premier rejet, le texte sera de nouveau examiné en séance le 4 avril

Dans un pays comme la France où le travail est souvent synonyme de performance et de présence constante,l'idée d'accorder des jours de congé spécifiquement pour les règles peut sembler saugrenue pour certains, mais cruciale pour d'autres. Si bon nombre d’entre nous ont dû utiliser l’excuse des règles pour esquiver des cours d’EPS par le passé, pour de nombreuses femmes, elles représentent une réelle incapacité à mener leurs tâches professionnelles de manière efficace. Ainsi, la mise en place de congés menstruels s'avère non seulement une reconnaissance de cette réalité médicale, mais aussi un moyen de favoriser le bien-être, la productivité et l'égalité des sexes au travail. Déjà adoptée dans plusieurs pays tels que le Japon ou plus récemment l'Espagne, la proposition de loi concernant les congés menstruels en France a été initiée par le groupe parlementaire écologiste, avec Sébastien Peytavie en figure de proue. Après avoir été soumise au Sénat pour examen, elle a rencontré un premier obstacle en étant rejetée en commission des affaires sociales. Cependant, le texte a été réexaminé en séance plénière suite à un vote serré, aboutissant à une égalité des voix le 27 mars dernier. Cette situation délicate a conduit à la planification d'une nouvelle séance de vote prévue pour le 4 avril prochain. En attendant que le verdict tombe, voici tout ce que vous devez savoir sur la question. 

 

Les femmes confrontées à des règles douloureuses et de l'endométriose se trouvent souvent dans une situation délicate, jonglant entre la nécessité de travailler et les douleurs incapacitantes qu'elles ressentent. Ces défis sont particulièrement bien illustrés par les témoignages de travailleuses qui doivent faire face à une souffrance mensuelle difficile à supporter tout en remplissant leurs obligations professionnelles. En guise de soutien, la proposition législative proposait un maximum de 13 jours d'arrêt maladie annuel pour les femmes souffrant de "menstruations incapacitantes", sans période de carence et entièrement rémunérés par l'Assurance maladie, sous réserve de la présentation d'un certificat médical. Elle vise également à faciliter le télétravail pendant cette période du mois, ainsi qu'à ouvrir des discussions au sein des entreprises et de la fonction publique pour adapter les postes et les horaires de travail afin de prendre en compte la "santé menstruelle des femmes". Si la loi venait à passer, cela marquerait un pas significatif vers la reconnaissance des besoins spécifiques des femmes sur le lieu de travail et renforcerait leur accès à des conditions de travail plus équitables et adaptées à leur santé reproductive. Des entreprises telles que Goodays ont déjà adopté cette mesure et ont constaté un impact positif sur leurs employées. Sur les 40 femmes y travaillant, seulement 5 ont demandé à bénéficier de ces congés, ce qui témoigne à la fois de la pertinence de cette mesure et de son utilisation mesurée. Cette approche proactive a notamment permis d'alléger la charge mentale des travailleuses concernées et de renforcer leur engagement professionnel.

 


Pourtant, bien que l'initiative des congés menstruels réponde à un besoin crucial des travailleuses, le rejet initial du projet de loi a déclenché une série de débats alimentés par diverses préoccupations. Parmi les principales raisons avancées par les opposants, on retrouve les inquiétudes liées à l'impact sur la productivité des entreprises. Comme l'a souligné un député de l’Union Centriste lors des débats parlementaires : «Nous devons veiller à ce que toute mesure législative proposée ne perturbe pas excessivement le fonctionnement des entreprises et ne crée pas de déséquilibres dans notre économie déjà fragile.»  De même, l'opposition au projet de loi a également mis en avant des craintes de discrimination à l'embauche à l'encontre des femmes. Certains acteurs politiques et dirigeants d'entreprises ont évoqué la possibilité que les employeurs soient dissuadés de recruter des femmes en raison des congés menstruels, craignant que cela n'entraîne des déséquilibres dans les effectifs ou des complications dans la gestion des ressources humaines. Cette préoccupation a, ironiquement, été particulièrement présente parmi les représentants des partis politiques conservateurs, qui ont mis en avant la nécessité de maintenir une approche équilibrée et non discriminatoire dans le domaine de l'emploi.


Malgré ces oppositions, des voix progressistes et féministes ont plaidé en faveur des congés menstruels, mettant en avant l'importance de reconnaître les besoins spécifiques des femmes sur le lieu de travail. Comme l'a affirmé la députée écologiste Marie Durand : «Les congés menstruels ne sont pas un luxe, mais une nécessité pour assurer l'égalité des chances et le bien-être des travailleuses. Nous devons reconnaître que les douleurs menstruelles peuvent avoir un impact considérable sur la capacité des femmes à exercer pleinement leurs responsabilités professionnelles.» Ces arguments ont été étayés par des données de recherche indiquant que près de 20 % des femmes déclarent souffrir de règles très douloureuses, selon une étude de l'IFOP. De plus, une enquête menée par le Centre de recherche économique et sociale a révélé que les douleurs menstruelles sont la principale cause d'absentéisme au travail chez les femmes, représentant jusqu'à 5 jours par an pour certaines d'entre elles. Comme l'a souligné la sociologue Sarah Martin : «Les congés menstruels ne visent pas seulement à soulager les douleurs physiques, mais aussi à reconnaître et à légitimer les expériences des femmes dans le monde du travail. C'est une étape essentielle vers une société plus inclusive et équitable.»

Alors que le sort de la proposition de loi sur les congés menstruels reste en suspens, son adoption par certaines entreprises et municipalités offre une perspective intéressante sur sa viabilité. Carrefour, L'Oréal et bien d'autres, ainsi que des collectivités locales, ont pris les devants. En mars 2023, Saint-Ouen a tracé la voie en devenant la première ville française à accorder ce privilège à ses employées. Rapidement, d'autres municipalités ont emboîté le pas. Et ce n'est pas tout, car cette idée novatrice trouve désormais écho dans le monde de l'éducation, avec la Sorbonne et l'université d'Angers en tête de file. Un mouvement qui se propage à travers le pays, puisque d'autres établissements prévoient de suivre le mouvement dès la prochaine rentrée. Dans toute la France, les initiatives fleurissent, annonçant peut-être un changement de paradigme imminent.