La Redoute ou l'histoire d'une mode démocratique de Karl Lagerfeld à Jacquemus Plus qu’un catalogue, un miroir social

Parmi les noms qui habitent l’inconscient collectif français, peu résonnent avec autant de force que La Redoute. Plus qu’une simple enseigne de vente à distance, la marque basée à Roubaix est un témoin privilégié des mutations de notre société. À travers une rétrospective installée à La Piscine, c’est toute l’histoire de la silhouette féminine et de la condition des femmes qui apparaissent en filigrane. 

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Le parcours, construit de façon chronologique, nous plonge d'abord dans le XIXe siècle de la révolution industrielle. On y découvre les prémices d'une dynastie textile imaginée par un couple d'entrepreneurs, Joseph et Catherine Pollet, épaulés par leur fils Charles. Mais très vite, l'exposition dépasse le cadre de la saga familiale pour embrasser l’histoire des femmes. En parallèle de l'évolution des textiles, c'est celle de la condition féminine qui frappe le visiteur. On passe des ouvrières de l'usine au XIXe siècle aux ménagères des Trente Glorieuses. Un détail marque particulièrement les esprits : la création de la « Carte Kangourou » dans les années 60. Avant 1965, les femmes avaient besoin du consentement de leur mari pour ouvrir un compte en banque ou travailler. Avec cette carte, La Redoute contournait l’obligation. Un petit rectangle de plastique devenu, presque malgré lui, un outil d’émancipation financière.

Si La Redoute a marqué l'histoire, c'est aussi par son génie visionnaire. Bien avant l'hégémonie d'Amazon, la marque inventait la vente à distance dès les années 1920, publiant son tout premier catalogue en 1928. Précurseuse absolue, elle a su dompter la logistique avant l'ère d'internet, instaurant la livraison en 48h, puis le mythique « 24h chrono ». Une prouesse pour l’époque. 

Mais le point d'orgue de cette rétrospective réside dans le rapport intime que La Redoute a entretenu avec la mode. Depuis les années 60, l'enseigne n'a eu de cesse de démocratiser le style en invitant les plus grands noms dans ses pages. De Karl Lagerfeld à Anthony Vaccarello, en passant par l'esthétique solaire de Simon Porte Jacquemus, La Redoute a offert le luxe à portée de clic (ou de coupon-réponse). Des collaborations avant-gardistes aujourd’hui reprises par les géants de la fast fashion, comme Zara et H&M. L’exposition met aussi en lumière le soutien de la marque aux labels émergents du bassin parisien, à l’instar de Jour/né (co-fondé par Lou Menais), Mossi ou encore Maison Château Rouge. 

Une manière de boucler la boucle : de la maille populaire de Roubaix aux podiums de la Fashion Week, La Redoute reste, encore aujourd'hui, le trait d'union entre la rue et la couture.

Jusqu’au 5 juillet au Musée de La Piscine, Roubaix.