5 expositions qui honorent les femmes en ce moment à Paris De la peinture à la photographie, les artistes femmes s’imposent dans les musées parisiens avec des expositions à ne pas manquer

Entre rêve humide et esthétique virale

Premier solo show à Paris pour l’artiste californienne, intitulé Glass Slipper. Après une première apparition dans le group show Ré-enchantement à Pantin, Ariana Papademetropoulos investit cette fois pleinement l’espace de la galerie Thaddaeus Ropac avec un univers immersif, devenu viral sur les réseaux sociaux.

Au centre de la pièce, un aquarium trône. On peut s’y lover comme dans un dispositif thérapeutique  - Water Based Treatment. Sorte de cercueil, presque celui de Blanche-Neige, il enferme et protège tout à la fois. L’eau devient ici un motif central, enveloppant, hypnotique, même si des éléments contraires - la lave, le feu - surgissent par touches, comme une menace latente. Entre esthétique vaporwave et fascination pour le domestique, l’artiste compose un espace flottant. 

À noter : une conversation entre Ariana Papademetropoulos et Mark Alizart se tiendra le samedi 28 mars, de 18h à 20h, à la galerie.

Jusqu’au 11 avril 2026 à la Galerie Thaddaeus Ropac 

Représenter les femmes et la mode au XVIIIe siècle

Au cœur du Marais, le Musée Cognacq-Jay propose une parenthèse historique exclusivement féminine. L’exposition explore les représentations des femmes au siècle des Lumières, à un moment charnière où la bourgeoisie émerge et où l’aristocratie redouble d’efforts pour se distinguer. Dans ce contexte, la mode devient un langage social à part entière - et même la première dépense des élites, avant le mobilier ou la nourriture. Les portraits se multiplient, accordant une attention particulière aux étoffes, aux gazes de soie, aux dentelles. 

Peintures, scènes bucoliques et pastorales dialoguent avec des pièces textiles d’époque. L’exposition met également en lumière les premières figures d’influence du XVIIIe siècle : les marchandes de mode, capables d’orienter les choix des clientes et des artisans. Parmi elles, Mademoiselle Bertin, véritable « ministre des modes ». Le plus ? Des contrepoints contemporains ponctuent le parcours, dont une soupière délicieusement kitsch signée Cindy Sherman.

Jusqu’au 25 septembre 2026 au Musée Cognacq-Jay

L’intime à vif, projeté en grand format

Plutôt que de présenter ses photographies de manière classique, Nan Goldin dévoile ici ses vidéos et diaporamas ; des « films composés de photos », comme elle les décrit. Après Stockholm, Amsterdam, Berlin et Milan, l’exposition s’installe à Paris, investissant à la fois le Grand Palais et la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Une double implantation pour une immersion totale dans une œuvre intime. À travers six œuvres majeures, l’artiste traverse cinq décennies de création, abordant des thèmes aussi universels que l’enfance, le genre, la violence ou la dépendance. Une rétrospective autant à vivre qu’à regarder, qui engage le corps autant que le regard.

Jusqu’au 21 juin 2026 au Grand Palais et à la Chapelle de la Salpêtrière  

Sorcières, chimères et visions d’un autre monde

Figure majeure du surréalisme, Leonora Carrington fait l’objet d’une exposition d’envergure inédite en France. L’artiste anglaise du XXe siècle, dont la vie fut marquée par le voyage - de l’Europe aux États-Unis, jusqu’au Mexique - a construit une œuvre traversée par l’ésotérisme, les métamorphoses et les mondes hybrides. Réunissant 126 œuvres, l’exposition s’inspire de sa célèbre Carte de l’animal humain pour déployer un univers où les frontières se brouillent : entre féminin et masculin, humain et animal, réel et imaginaire. Visionnaire, Carrington portait déjà en elle des préoccupations féministes et écologistes, bien avant qu’elles ne deviennent courantes qu’aujourd’hui. 

Jusqu’au 19 juillet 2026 au Musée du Luxembourg

De la mode au front : trajectoire d’une photographe intrépide

Le Musée d’Art Moderne de Paris, en collaboration avec le Tate, consacre une rétrospective à Lee Miller. Photographe, muse, correspondante de guerre : son œuvre échappe à toute catégorisation. L’exposition retrace l’ensemble de sa trajectoire, des images de mode aux portraits, jusqu’à ses reportages de guerre. En 1945, elle documente l’horreur des camps de concentration, livrant des images parmi les plus marquantes du XXe siècle. Comme Leonora Carrington, sa vie est faite de déplacements constants - New York, Le Caire, Londres - qui nourrissent une œuvre poétique et profondément intrépide.

Jusqu’au 2 août 2026 au Musée d'Art Moderne de Paris

Si ces expositions témoignent d’une visibilité accrue des artistes femmes dans les institutions parisiennes, elles rappellent aussi que cette reconnaissance reste le fruit d’un long déséquilibre. Dès les années 1980, le collectif Guerrilla Girls dénonçait déjà, chiffres à l’appui, la sous-représentation des femmes dans les musées et les collections publiques. Quarante ans plus tard, si les lignes bougent, la question de la légitimité, de la place accordée et de la mémoire reste entière. À travers ces accrochages, c’est donc autant une célébration qu’un rééquilibrage en cours qui se donne à voir.