Le tabagisme est-il à nouveau glamour ? Comme dans les années 90

Au cours du dernier mois, le « cigarette comeback » est revenu là où cela compte vraiment, au cœur de l’imaginaire pop. Kylie Jenner a été vue en train de fumer une cigarette dans le nouveau clip musical de A. G. Cook pour Residue, un morceau lié à la bande originale du film de Charli xcx The Moment. Pendant ce temps, Connor Storrie et Hudson Williams, les stars de la série du moment, Heated Rivalry, sont souvent photographiés cigarette à la bouche, aussi bien dans le cadre de la série qu’en dehors. À ce sujet, Williams s’est retrouvé au centre d’une petite controverse lorsqu’il a été réprimandé pour avoir allumé une cigarette devant le défilé Giorgio Armani. Pour boucler la boucle, Sean Penn a été surpris en train de fumer en intérieur à sa table lors des Golden Globes 2026.

Les stars hollywoodiennes se remettent à fumer

@shellly.seven he’s so unserious #hudsonwilliams #heatedrivalry #fyp #fashionweek #amari original sound - archives.lyrics

Un nombre croissant de personnes, en particulier des jeunes et des célébrités, revendiquent le fait de fumer comme un geste glamour et d’émancipation, presque comme une affirmation de leur identité. Les cigarettes, en somme, retrouvent une certaine aura, notamment dans le show-business et les industries créatives. Les marques Christian Cowan et LaQuan Smith, lors de la Fashion Week de New York de l’an dernier, ont fait défiler des mannequins cigarette à la main. Charli XCX avait déclaré que pour incarner l’esthétique « brat », il fallait, entre autres, un paquet de cigarettes et un briquet Bic. Rosalía elle-même s’est présentée à l’anniversaire de la chanteuse britannique avec un bouquet de fleurs et des cigarettes. Lady Gaga, elle aussi, est représentée en train de fumer sur la pochette de son récent single Die With A Smile. Addison Rae fait de même dans le clip de Aquamarine : dans une interview accordée à Interview Magazine, la chanteuse américaine a encouragé le public à fumer des cigarettes « vraies » plutôt que des cigarettes électroniques.

Ce qui surprend, c’est que cette tendance touche également le cinéma et la télévision, des secteurs où fumer semblait être devenu tabou. Aux États-Unis en particulier, les campagnes antitabac des vingt dernières années avaient presque totalement fait disparaître la cigarette d’Hollywood. Souvent, les fumeurs évitaient même de l’admettre publiquement, en raison de la stigmatisation croissante. Paul Mescal n’a pas caché avoir refusé d’arrêter de fumer pendant l’entraînement pour le tournage de Gladiator II. Jeremy Allen White fume régulièrement, aussi bien dans sa vie privée que dans The Bear, tout comme Lily-Rose Depp, notamment dans The Idol. Dans la série Griselda, la protagoniste fume une cigarette dans presque chaque scène.

On voit de plus en plus de cigarettes au cinéma

@justsammorris

Only Carrie Bradshaw made smoking look as cool as they did in Saltburn, good grief!

Murder On The Dancefloor - Sophie Ellis-Bextor

Ce qui a changé par rapport au passé, c’est la visibilité de la cigarette dans les films et séries télévisées américaines. Sur les dix films nommés aux Oscars 2024 dans la catégorie Meilleur Film, neuf comportaient des scènes de tabagisme, soit trois de plus que l’édition précédente. Dans Oppenheimer, par exemple, les cigarettes apparaissent dans plus de 130 scènes, et pendant le tournage, Cillian Murphy a révélé en avoir fumé environ 3 000, plaisantant sur le fait que son prochain rôle serait celui d’un non-fumeur.

Asteroid City de Wes Anderson est le film qui compte le plus de scènes de tabagisme, avec plus de 150 prises. Back to Black, le biopic consacré à Amy Winehouse, comprend environ quatre-vingt-dix scènes où l’on fume, tandis que Challengers en totalise 62. Bradley Cooper, dans le biopic sur le chef d’orchestre Leonard Bernstein, Maestro, fume pratiquement dans chaque scène. Dans Saltburn, la réalisatrice Emerald Fennell a choisi de situer le film à une époque antérieure à l’interdiction de fumer dans les lieux publics fermés au Royaume-Uni, afin d’évoquer une atmosphère de liberté et d’hédonisme propre à ces années-là.

Pour la Gen Z, les cigarettes sont « cool »

Le retour des cigarettes comme accessoire de style et symbole de séduction est un phénomène plus difficile à comprendre en Italie — et plus largement en Europe — où le tabagisme est moins stigmatisé qu’aux États-Unis. Les experts et les associations craignent que la réapparition des cigarettes dans les médias grand public ne contribue à diffuser l’idée que fumer est cool, au risque d’annuler des années de campagnes de prévention contre le tabac. Dans ce contexte, la fascination de la Gen Z pour les années 1990 — une période où fumer était largement répandu et socialement accepté — joue également un rôle clé. Cela a contribué à remettre au goût du jour une atmosphère sensuelle, mélancolique et vaguement nihiliste typique de cette décennie. Un exemple clair de cette redécouverte est le succès de comptes Instagram comme Cigfluencers, qui célèbrent « des personnes sexy qui maintiennent vivante l’art de fumer et d’être cool ». Les publications montrent des personnalités célèbres en train de fumer, mêlant des icônes du passé — surtout des années 1990 — à des célébrités contemporaines. À en juger par les commentaires, fumer semble de plus en plus perçu comme tendance, malgré la conscience généralisée des dommages qu’il cause à la santé.