Que se passe-t-il entre Warner Bros, Paramount et Netflix ? Un événement sans précédent qui pourrait changer l’ensemble du secteur cinématographique

Netflix a récemment annoncé être parvenue à un accord en vue d’acquérir — pour environ 83 milliards de dollars — Warner Bros., c’est-à-dire la division cinéma du grand conglomérat Warner Bros. Discovery, l’un des acteurs les plus influents de l’industrie du divertissement. Si l’opération venait à aboutir, la plateforme — déjà parmi les protagonistes absolus du marché audiovisuel américain — bénéficierait d’une position sans précédent dans le secteur, en obtenant les droits d’exploitation de nombreux franchises et univers narratifs à très forte attractivité, tels que Le Seigneur des anneaux, Harry Potter, Game of Thrones et Barbie, parmi tant d’autres.

Ces derniers jours, toutefois, le scénario s’est encore complexifié. Paramount Skydance disposera en effet d’une semaine supplémentaire pour tenter de convaincre le conseil d’administration de Warner Bros. Discovery de privilégier sa proposition par rapport à celle de Netflix. Cette prolongation, valable jusqu’au 23 février, a été accordée par Netflix elle-même et permettra à Paramount de clarifier certains aspects de son offre, que le conseil d’administration de Warner a jusqu’à présent jugée incomplète et peu soutenable sur le plan financier.

Netflix a déclaré considérer sa proposition comme sensiblement plus solide, tout en ayant accepté cette dérogation afin de permettre à Warner Bros. de conclure ses discussions avec Paramount de manière « complète et définitive ». Selon la plateforme, la prolongation de ces négociations était devenue une source de distraction constante, non seulement pour les actionnaires, mais pour l’ensemble de l’industrie du divertissement. La date du 20 mars pour l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires, appelée à se prononcer sur la fusion avec Netflix, a en revanche été confirmée.

Comment l’industrie cinématographique pourrait changer

La possible acquisition inclut également DC Studios, la division responsable des films inspirés des personnages de DC Comics, parmi lesquels Superman et Batman, ainsi que la plateforme de streaming HBO Max. Depuis plusieurs semaines, les spéculations se multipliaient quant à l’identité d’un éventuel acquéreur, alors que l’entreprise traverse depuis longtemps de graves difficultés économiques. Ces dernières années, Warner Bros. a accumulé d’importantes dettes qu’elle n’était plus en mesure de soutenir, raison pour laquelle elle s’est mise en quête d’un repreneur. Malgré la situation financière de la maison mère, la division qui serait acquise par Netflix demeure solide et compétitive, et dispose d’un patrimoine de compétences et de savoir-faire qui pourrait s’avérer particulièrement avantageux pour l’entreprise dans les années à venir.

L’accord entre Netflix et Warner Bros. représente un événement sans précédent pour l’industrie cinématographique et pourrait redéfinir de manière radicale les équilibres du secteur : deux entités de cette envergure, en effet, ne s’étaient encore jamais fusionnées jusqu’à présent. Bien que les intentions réelles de Netflix ne soient pas encore totalement claires, les observateurs dessinent plusieurs scénarios possibles.

Le premier scénario verrait Netflix tirer parti de l’acquisition pour modifier sa structure d’entreprise et devenir également un distributeur cinématographique traditionnel. Dans ce cas, les films de milieu de gamme ou à budget intermédiaire risqueraient de trouver de moins en moins de place en salles, au point de ne plus être produits ou d’être distribués directement en streaming.

@tylercwhitmore It’s a sad day for cinema as Netflix is acquiring Warner Bros. and it’s hard to see any optimism in this #netlflix #warnerbros #warnerbrothers original sound - Tyler Whitmore

Un deuxième scénario envisagerait que Netflix utilise Warner pour transformer le modèle des salles de cinéma en une sorte de vitrine promotionnelle pour la plateforme. Les grands films reposant sur des franchises et des propriétés intellectuelles détenues par Warner sortiraient en salles pour de courtes périodes, avant de passer rapidement en streaming, avec pour objectif d’augmenter, à long terme, les abonnements et l’attention portée à Netflix.

Le troisième scénario serait le plus redouté par les professionnels du secteur et consisterait en un démantèlement progressif de la structure opérationnelle de Warner, tandis que Netflix n’exploiterait que les propriétés intellectuelles de la marque. Cela entraînerait la fin de la distribution cinématographique traditionnelle des films Warner et, par conséquent, une réduction drastique de l’offre annuelle de grands titres en salles, au profit d’une augmentation de films et de séries à fort potentiel directement disponibles sur Netflix.

Rien n’est encore joué

L’acquisition impliquant Warner Bros. devra dans tous les cas obtenir l’approbation des autorités antitrust avant de devenir effective : un processus qui pourrait durer entre 12 et 18 mois et dont l’issue est loin d’être acquise. Netflix devra également fournir des garanties substantielles quant au fait que les deux entreprises continueront à opérer de manière suffisamment séparée, afin d’éviter la création de situations de monopole — tant sur le marché des salles de cinéma que sur celui du streaming.

Si l’opération venait à être bloquée, Warner pourrait même se retrouver dans une situation où elle n’aurait plus besoin de rechercher un acquéreur. Une clause de l’accord prévoit en effet qu’en cas de refus de la part des autorités antitrust, Netflix serait tenue de verser à Warner 5 milliards de dollars : une somme qui permettrait de financer au moins une dizaine de grands films. Pour cette raison, certains commentateurs ont avancé l’hypothèse que Warner ne croirait pas réellement aux chances d’approbation de l’acquisition et chercherait avant tout à encaisser cette indemnité.

Par ailleurs, à la suite de l’accord conclu entre le conseil d’administration de Netflix et celui de Warner Bros. Discovery, la multinationale américaine Paramount Skydance a annoncé — en s’adressant directement aux actionnaires, par le biais de ce que l’on appelle une « offre publique d’achat hostile » — son intention de racheter les actions de Warner Bros. Discovery à 30 dollars l’unité, pour une valorisation globale de l’entreprise avoisinant les 108 milliards de dollars. Le communiqué accompagnant cette offre hostile fait également explicitement référence au long et complexe processus d’approbation auquel Netflix pourrait être confrontée, notamment au regard des règles antitrust destinées à prévenir les abus de position dominante de la part des principaux acteurs du secteur.