
À Paris, le Prix AMI consacre une jeunesse créative en mutation Le Prix de l'Entrepreunariat AMI x IFM fêtait cette année sa cinquième édition
À Paris, le Prix AMI met en avant une nouvelle génération de créateurs déterminés à faire entendre leur voix. La soirée a rassemblé un jury cinq étoiles, composé notamment d’Alexandre Mattiussi, Emeric Tchatchoua et Jeanne Damas, venu saluer les projets les plus innovants et singuliers. Le Grand Prix a été attribué à Timisola Shasanya. Étudiante passée par la Central Saint Martins à Londres, née en Irlande et largement influencée par ses racines nigérianes, la créatrice développe une approche narrative du vêtement. Dans ses pièces, le bambou devient mémoire - celle de la ferme paternelle - tandis que les matières cirées et le travail autour du cuir traduisent une recherche technique affirmée. À travers un vestiaire masculin repensé, elle interroge la condition des personnes noires et inscrit sa pratique à la croisée de plusieurs disciplines artistiques. Une mode qui dépasse le vêtement pour devenir un récit universel.
Autre moment fort, le prix coup de cœur décerné à Naya El Ahdab. Diplômée de Parsons Paris, la designer porte une parole encore trop peu entendue dans l’industrie. En situation de handicap, elle a vu de nombreuses opportunités lui échapper, non pas faute de talent, mais en raison d’obstacles structurels persistants. Elle confiait récemment au média Fashion Network la difficulté d’accéder à des stages, malgré des dossiers salués et des entretiens concluants, freinée par l’inaccessibilité des lieux. Une réalité systémique qu’elle transforme aujourd’hui en force créative. Après une première expérience chez Hermès au sein du département Bijouterie Fantaisie, elle poursuit sa formation à l’IFM et affirme une signature déjà reconnaissable : corsets en plexiglas, silhouettes longilignes. Chez elle, le vêtement est une extension du corps et de ses contraintes.
À l’origine de cette initiative, Alexandre Mattiussi rappelle une évidence souvent oubliée : la création ne naît pas en vase clos. Imaginé avec son associé Nicolas Santi-Weil, le prix s’inscrit dans une volonté claire de transmission. Lui-même soutenu à ses débuts par l’industrie et les institutions, il insiste sur la nécessité de créer des relais pour les générations suivantes. Derrière le discours, une conviction simple : accompagner les talents émergents n’est pas seulement un geste, c’est une responsabilité.
Dans un contexte où la mode traverse des mutations profondes, entre pressions économiques, enjeux environnementaux et remises en question structurelles, ces jeunes créateurs avancent avec lucidité. La concurrence est là, bien sûr, mais elle semble presque secondaire face aux défis systémiques à venir. Pourtant, l’optimisme persiste. Le talent, lui, ne disparaît pas. La soirée l’a rappelé avec force : il y aura toujours des histoires à raconter en mode. Et celles qui s’écrivent aujourd’hui sont peut-être plus nécessaires que jamais. Armées d’aiguilles, de matières et de convictions, les lauréates repartent avec bien plus qu’un prix. Une validation, certes, mais aussi une parole transmise. Celle que Alexandre Mattiussi aurait aimé recevoir plus tôt : croire en soi. Un conseil simple, presque évident, mais qui, dans une industrie encore marquée par les inégalités et les barrières invisibles, prend une résonance particulière. La jeune garde, elle, semble prête. Et surtout, déterminée à ne plus demander la permission.




























