
"La città dei vivi" est trop timide pour l'histoire qu'il veut raconter Une histoire de famille, de désir et de violence avec Valerio Mastandrea et Emanuele Maria Di Stefano
L'un des thèmes principaux de cette 83e édition de la Mostra de Venise est la famille. Celle dans laquelle on naît, celle que l'on choisit. La famille que l'on construit autour de soi, celle dont on veut faire partie, et celle dans laquelle on se retrouve malgré soi.
La città dei vivi d'Edoardo Gabbriellini, adapté du livre éponyme de Nicola Lagioia publié chez Einaudi, fait de la famille une frontière : d'un côté se trouve ce qui nous fait du bien, ce qui nous accueille, ce qui nous reconnaît pour ce que nous sommes ; de l'autre, le monde extérieur, féroce, affamé, prêt à nous attaquer et à nous dévorer. Souvent, cette frontière devient un levier pour aborder d'autres thèmes, pour s'aventurer dans d'autres espaces et d'autres environnements, pour saisir une génération en suspens — hésitante, avide de commencer une nouvelle vie et, en même temps, terrifiée par le regard des autres.
En compétition dans la section Orizzonti et en salles à partir du 1er octobre avec Eagle Pictures, La città dei vivi est un film presque épisodique, fragmentaire, composé de séquences très longues où rien ne semble se passer — conçues pour instaurer une certaine tension — et de séquences qui, au contraire, reposent sur des dynamiques plus immédiates et directes. Luca, le protagoniste, a vingt-trois ans. Il abandonne ses études et cherche du travail ; il aide son père à vendre des confiseries dans les foires et les parcs d'attractions. Il a une petite amie, des amis, son propre univers. Mais il n'est pas heureux. Il veut quelque chose de plus. Il veut de l'argent, un chez-lui, un nouveau départ. Alors il se met à jouer, aux machines à sous dans les salles d'arcade, fréquentant des milieux qui ne sont pas les siens — des soirées et des rencontres où il se met entièrement à disposition d'autres hommes.
Son histoire est une tragédie tirée d'un fait divers réel : le meurtre de Luca Varani en 2016, un épisode qui, par sa brutalité, avait choqué l'opinion publique. Gabbriellini choisit d'avancer avec précaution. De construire, scène après scène, plan après plan, le monde de ce jeune homme. Tout commence par son adoption, par le moment où ses parents l'ont choisi parmi d'autres enfants : les autres pleuraient, lui souriait.
Emanuele Maria Di Stefano use de ses expressions et de sa présence physique pour esquisser son Luca — un jeune homme somme toute doux et accommodant, séduisant et attachant. De l'autre côté, Valerio Mastandrea incarne le père, contrebalançant Di Stefano et sa gestuelle fébrile par la tension et la voix, parvenant avec très peu à donner au récit un bon rythme.
Le principal défaut de La città dei vivi est peut-être de s'appuyer trop lourdement sur le formalisme visuel — sur le désir de construire de belles images, de les charger de sens — et de laisser passer plus d'une occasion de donner à la tension du récit plus de profondeur et de densité. Le film avance lentement, parfois trop lentement. Gabbriellini s'attarde sur des suggestions visuelles, sur le non-dit confié aux plans les plus statiques, sur le visage du protagoniste et ceux des seconds rôles (Gaia Merlonghi, Simona Senzacqua et Roberta Mattei). Mais il s'attarde, tisse lâchement les fils de l'intrigue, et ne semble jamais parvenir au cœur du sujet avec une véritable conviction.
La città dei vivi est un film qui parle aussi du féminin, d'une perspective alternative — parfois complémentaire — à celle du protagoniste : la perspective de la petite amie, de la mère ; le regard de l'amie qu'il croise dans le bus après une longue absence. C'est le Luca du quotidien, avec sa vie secrète ; c'est le Luca que tout le monde connaît — ou plutôt, croit connaître.
@eagle.pictures Il regista e il cast di La Città Dei Vivi arriva a #Venezia83 Il film, liberamente ispirato all’omonima opera di Nicola Lagioia (Giulio Einaudi Editore), racconta parte dalla tragica vicenda di Luca Varani per indagare le fragilità sociali, culturali ed emotive del nostro tempo, spostando lo sguardo dall'evento alle sue radici. Una produzione Eagle Pictures, Cinema Undici e Lungta Film con la partecipazione di @HBO Max Italia #LaCittàDeiVivi #Biennale2026 audio originale - Eagle Pictures
Gabbriellini tente de reproduire la structure narrative du livre de Lagioia, optant pour des passages plus romanesques et d'autres plus attentifs aux faits. Certains intermèdes sont des fins en soi et ne trouvent aucune véritable résolution. La città dei vivi n'est pas construit comme une spirale descendante, mais suit une trajectoire presque linéaire : du point A au point B, et du point B au point C. Les pauses forcées, les silences et cette suspension répétée et insistante alourdissent le récit sans lui apporter de valeur ou de sens supplémentaires.
Le manque d'incisivité du récit est assez manifeste à certains moments. Mais c'est peut-être précisément ce que Gabbriellini recherchait : créer une dimension différente, née autant du matériau source — et donc du livre de Lagioia — que des événements réels ; et puis, clairement, née d'une synthèse entre les langages, au premier rang desquels le cinéma et la littérature. Dans cette dimension, le spectateur peut regarder autour de lui, décider sur quoi se concentrer et quelle direction prendre. Mais il demeure fondamentalement seul. Et les questions qui lui sont posées ressemblent à des rochers impossibles à déplacer.





















