
L’élégance retrouvée du chapeau pillbox Avec le succès de Love Story, l’essor de cet accessoire d’antan
Un renouveau signé Ryan Murphy
C’est la série événement de ce printemps. Love Story, diffusée sur Disney+, bat tous les records. Neuf épisodes pour replonger dans l’histoire d’amour - tragique - entre Carolyn Bessette-Kennedy et John F. Kennedy Jr.. Si l’issue est connue, le public reste suspendu aux lèvres des personnages, comme si la fiction pouvait infléchir le réel. Derrière ce succès, une mécanique bien huilée : celle de Ryan Murphy, faiseur de hits, notamment derrière American Horror Story. Si, dans un premier temps, c’est le vestiaire épuré de Carolyn Bessette - souvent associé à l’ADN de The Row avant l’heure - qui a capté l’attention, une autre silhouette s’impose avec la même force : celle de Jacqueline Kennedy Onassis, incarnée par Naomi Watts.
Ses tailleurs signés Chanel, aux couleurs franches et à la coupe irréprochable, forment une allure immédiatement reconnaissable. Mais c’est surtout ce petit chapeau rond, sans bord, porté comme une ponctuation, qui retient aujourd’hui l’attention. Le pillbox, systématiquement assorti à ses ensembles, traverse les épisodes comme un fil conducteur. De l’investiture de John F. Kennedy à son dramatique assassinat à Dallas, il s’impose comme un symbole, à la fois de retenue et d’élégance.
Un siècle de réinterprétations
« Pillbox », littéralement « boîte à pilules », doit son nom à sa forme cylindrique et compacte. Avant de couvrir la tête des plus fashion d’entre nous, le pillbox est un accessoire militaire, de l’armée britannique précisément, crée au XIXe siècle. Il rejoint la longue liste des éléments militaires à rejoindre notre vestiaire, après la casquette, l’imprimé camouflage ou encore la parka. Après avoir habillé les soldats sur le champ de bataille, sa mission se fait désormais ailleurs. C’est vissé sur la tête des femmes à partir des années 1920 qu’il trouve sa place. Décliné en velours, en fourrure, il se pare d’une voilette, en résille ou transparente quand l’occasion s’y prête. C’est dans les années 1950 et 1960 qu’il devient un must-have, notamment grâce à des personnalités comme Jackie Kennedy. S'il appartient plutôt à un vestiaire bourgeois - il est un poil sage - le vent de liberté qui souffle sur les années 1970 aura raison de lui. Il prendra la poussière pendant plusieurs décennies avant de se retrouver sur la tête d’une autre femme de pouvoir : Lady Di. C’est dans le cadre de cérémonies officielles qu’elle l’arbore pour répondre à une fonction assez protocolaire. Aujourd’hui, il reprend du service.
Un nouveau souffle ?
Le retour du pillbox ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans une réévaluation plus large des codes classiques, longtemps perçus comme désuets. Gants, broches, tailleurs stricts : autant d’éléments qui réapparaissent dans les silhouettes des dernières saisons, débarrassés de leur rigueur d’origine.
Des maisons comme Loro Piana, Valentino ou Alaïa, mais aussi des labels plus accessibles comme COS ou The Frankie Shop, participent à cette réactivation. Le pillbox y apparaît tantôt épuré, tantôt détourné - par une broche par exemple. Certaines personnalités s’en emparent pour en subvertir les codes. Pamela Anderson, par exemple, le choisit en version léopard, rompant avec l’idée d’un accessoire nécessairement sage et coordonné à la tenue.
Porter un pillbox, c’est incarner un certain idéal de représentation, véhiculer un certain contrôle de l’image à la façon de Jackie O.. Et les maisons l’ont bien compris. Chez Alaïa, la rigueur des lignes de Pieter Mulier rendait l’ensemble toujours très sculptural. Chez Loro Piana, le quiet luxury par excellence, le pillbox connait un makeover subtil puisqu’il gagne en hauteur. Avec ces quelques centimètres supplémentaires, il impose une forme de discipline : il encadre le visage et surplombe la silhouette. Le minimalisme actuel ne relève donc pas tout à fait d’un effacement. En revisitant des pièces comme le pillbox, la mode ne regarde pas seulement en arrière : elle met le nez dans ses archives pour reconstruire des accessoires en phase avec notre époque. De Jackie O. à Love Story, en passant par les réseaux sociaux, le pillbox est prêt à devenir le chapeau culte de 2026.





























