Les lentilles de contact, nouveau territoire pour la mode ? Véritable accessoire capable de transformer un regard, et parfois une identité entière, en un clin d’œil

Les lunettes n’ont jamais été aussi désirables. Elles figurent parmi les accessoires phares des dernières saisons. Le regard, lui, se prête à toutes les expérimentations : tantôt souligné, tantôt masqué. Aujourd’hui, c’est aussi sa couleur qu’on vient modifier. Autrefois réservées aux soirées costumées, les lentilles colorées se sont invitées là où on ne les attendait pas : sur les podiums, dans les campagnes de mode, et jusque sur les tapis rouges des soirées les plus prestigieuses. Comme si l’œil, longtemps épargné par les métamorphoses, entrait dans le jeu des tendances. Miroir de l’âme, le regard est ce qui nous rend immédiatement reconnaissables. Le transformer, même subtilement, revient à brouiller les pistes : rester soi-même, tout en devenant autre.

Le marché ne s’y trompe pas. En pleine expansion, celui des lentilles colorées suit la cadence : selon Market Research Future, il pourrait atteindre 7,8 milliards d’ici 2032. Une croissance qui accompagne ce chamboulement d’usage, non plus seulement comme un outil médical ou festif, mais comme une extension du vestiaire. Sur le tapis rouge des OscarsKim Kardashian en a donné une démonstration frappante. Silhouette moulée dans une robe nude scintillante signée Gucci, plateformes vertigineuses, et surtout : des lentilles bleu azur. Un détail ? Plutôt une signature. Son regard devient la touche finale du look, comme on choisirait un sac ou une paire de lunettes.

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Rick Owens en fait même une obsession quasi rituelle. Saison après saison, il travaille le regard comme une zone à neutraliser ou à radicaliser. Lentilles noires pour ses collections masculines : l’iris disparaît dans une masse sombre, inquiétante. Lentilles blanches pour ses silhouettes féminines : l’œil se vide, devient spectral, fantomatique. Dans les deux cas, le regard cesse d’être un point d’ancrage. On ne peut plus s’y fier. Car en effaçant l’iris, on efface aussi ce qui permet d’entrer en relation. Le regard, habituellement vecteur d’empathie, devient opaque, illisible. Il met à distance. Il dérange. Chez Rick Owens comme chez d’autres, cette manipulation n’a rien d’anecdotique : elle participe d’une volonté plus large de redéfinir les contours du corps humain. Dans ces univers, on va parfois encore plus loin, jusqu’à recouvrir la sclérotique - le blanc de l’œil - avec des lentilles intégrales. Le visage perd alors un de ses repères fondamentaux. Autour, tout est amplifié. Faux cils démesurés, cernes volontairement creusées, teintes rougeâtres ou violacées qui évoquent la fatigue, la maladie, voire une forme de mutation. Chez Diesel, Glenn Martens utilise des lentilles de contacts de couleurs pour la collection Automne-Hiver 24. Un regard troublant qui ajoute une dimension alternative à un défilé où le denim est roi. 

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Tout concourt à fabriquer des figures hybrides, des silhouettes qui ne sont plus tout à fait humaines. Ni totalement étrangères non plus. Un entre-deux troublant, où le spectateur cherche un point de reconnaissance, en vain. Car contrairement à un vêtement ou à un accessoire extérieur, la lentille agit au cœur même de ce qui fait notre identité visible. Elle touche à l’œil, c’est-à-dire à ce qui regarde et à ce qui est regardé. En le modifiant, les créateurs ne changent pas seulement une apparence : ils altèrent la possibilité même du lien. Une manière de provoquer, bien sûr, de sortir du cadre. Mais aussi de poser une question plus profonde : qu’est-ce qu’un visage humain, si son regard ne l’est plus ? Comme si, au fond, notre humanité résidait précisément dans ces deux orbites. 

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En Corée du Sud comme au Japon, les lentilles de contact colorées sont très répandues. On parle de « circle lenses » : des lentilles légèrement plus larges que l’iris, qui n’empiètent pas totalement sur la sclérotique mais agrandissent visuellement l’œil. L’effet est immédiat : le regard paraît plus rond. Une esthétique qui emprunte directement aux codes de l’animation japonaise, où les yeux des personnages sont hyper-expressifs. Il ne s’agit pas seulement de changer de couleur, mais de modifier la structure même du regard. Au Japon, elles sont l’apanage du style « kawaii », où la jeunesse, la douceur et une forme d’innocence sont valorisées. En Corée du Sud, elles dialoguent avec des standards de beauté largement influencés par les idoles de la K-Pop. Mais l’usage va plus loin. Dans certains quartiers de Tokyo comme Harajuku, ou à Séoul, les lentilles deviennent un outil d’expérimentation identitaire à part entière. Elles accompagnent des silhouettes très construites, parfois proches du costume, où chaque détail compte. Les lentilles participent à un phénomène plus large : celui d’une esthétique augmentée, où l’on cherche à ressembler à une version idéalisée, voire fictionnelle, de soi-même. Une logique qui fait écho aux réseaux sociaux et à leurs outils de transformation comme les filtres. La lentille de contact s’impose aujourd’hui comme un terrain d’expérimentation. Elle ne corrige plus seulement la vue : elle redéfinit la manière dont on se donne à voir.