
« Mariage au goût d’orange » : fête, larmes et traumatismes Un casting d’exception pour le film de Christophe Honoré, présenté hors compétition au Festival de Cannes
Le cinéma français a envahi le Festival de Cannes 2026. Tant en compétition que dans les sélections parallèles, les films francophones ont dicté leur loi, réutilisant parfois les mêmes visages à travers plusieurs longs-métrages. De plus, plusieurs titres se sont transformés en de véritables vitrines permettant de voir réunis de nombreux acteurs bien connus du public. Parmi eux, on trouve Mariage au goût d'orange de Christophe Honoré, une œuvre que le festival a choisi de placer dans la section Cannes Première, mais qui, au vu de la proposition des films nationaux en lice pour la Palme d'or, n'aurait pas démérité en compétition officielle.
Au contraire, malgré son mélodrame poussé et la gestion parfois complexe d'un casting extrêmement nombreux (pour ne citer que quelques-uns des acteurs, on y trouve Adèle Exarchopoulos, Vincent Lacoste, Paul Kircher et Nadia Tereszkiewicz), le film a plus d'âme et de fougue que ce que l'on a pu voir ailleurs dans la compétition de cette 79e édition. Un festival qui marque le retour d'Honoré après son dernier film Marcello mio qui figurait, lui, parmi les titres de la compétition officielle. Cette fois, il s'inscrit en parallèle avec le mariage problématique des personnages interprétés par Paul Kircher et Malou Khebizi.
L’œuvre est un ensemble choral où les inquiétudes de tous les protagonistes tourbillonnent au centre des traditions familiales et de la piste de danse sur laquelle ils se déchaînent. Une fois loin de la fête, les blessures les plus douloureuses à gérer émergent. Sept enfants font partie d'une histoire qu'Honoré met en scène en s'inspirant de sa pièce de théâtre Le Ciel de Nantes de 2021, et dont les destins sont assombris par la présence absente d'un père-monstre qui plane sur ce jour de noces pourtant joyeux.
Un mécanisme d'exploration des personnages fort intéressant, qui construit deux échelles narratives au sein de Mariage au goût d’orange, reflétant d'ailleurs ce qui peut se passer dans la vie réelle. Réuni dans la salle des fêtes, on s'abandonne aux flots du divertissement et de la convivialité, c'est lorsqu'on s'éloigne de la musique et des loisirs que les situations redeviennent sérieuses, voire tragiques. Ce sont des morceaux de vie dont il serait impossible d'être fier qui se consument, et c'est pour cela qu'ils se déroulent loin des regards des autres. Des secrets et des travers qui, comme on s'y attend, se trouvent à l'intérieur d'une cocotte-minute inévitablement destinée à exploser.
Le va-et-vient continuel de la narration, bien qu'il ne soit pas toujours facile à démêler étant donné les mille et un imbrications d'une famille si nombreuse, s'avère être une belle intuition narrative, tout en contribuant à donner du rythme à un récit où les péripéties des personnages s’enchaînent sans laisser le moindre répit. Le traumatisme qu'ils portent en eux — ce parent invisible mais au souvenir pesant — est une chape de plomb que Honoré parvient à imposer comme s'il s'agissait d'une malédiction. Comme un anathème qui aurait été jeté et qui aurait eu des conséquences désastreuses sur les esprits, les comportements et, en fin de compte, le destin de sa famille. Un noyau familial auquel tous les acteurs parviennent à donner corps avec brio, réussissant à créer une vérité mélancolique et malheureusement corrompue. Les interprètes sont capables de restituer tant le sens du lien familial que la blessure impossible à refermer en chacun d'eux. Une œuvre qui possède l'envergure du théâtre et qui dépeint les pires aspects de l'être humain.