Sous l’œil de Michael Rider, les diplômés de l’IFM lancent la Fashion Week La nouvelle-garde mode en a sous la semelle

Comme à l’accoutumée, ce sont les étudiants du Bachelor of Arts in Fashion Design de l’Institut Français de la Mode (IFM) qui ont donné le coup d’envoi officiel de la Fashion Week de Paris. Sous la chaleur de plomb qui règne au-dessus de la capitale, une brise rafraîchissante est venue souffler sur la création.

Cette année, la promotion a bénéficié d'un parrainage de haut vol avec le soutien de Michael Rider, directeur artistique de Celine — qui présentera sa première collection très attendue pour la maison ce samedi. Les 27 étudiants sélectionnés ont ainsi dévoilé leurs silhouettes de fin d’année devant un public éclectique, composé autant de leurs proches que de professionnels du secteur. En plus du précieux mentorat du designer américain, l’enjeu est de taille : l’un des diplômés aura l’opportunité d’intégrer le studio de design de la maison Celine pour un stage exclusif.

Les notes de défilé, fenêtre sur l'intime

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Dans le monde de la mode, il y a deux camps. Celles et ceux qui consultent les notes de défilé avant le premier passage, comme un chemin à retracer, et puis les autres, qui les parcourent une fois rentrés chez eux, laissant d'abord parler leurs sens. Dans tous les cas, ces indications fournies par les créateurs sont précieuses. Écrites de leur propre main, elles ouvrent une fenêtre directe sur la psyché et le processus créatif.

Les étudiants de l’IFM n’ont pas dérogé à cette règle, tentant chacun à leur façon de mettre des mots sur de longs mois de recherche et de labeur. Paul Molina, qui a eu la lourde tâche d'ouvrir le bal de ces 162 silhouettes, a choisi de reproduit un dialogue intra-familial entre un frère et une sœur. Derrière l’apparente banalité de cette saynète quotidienne, c’est toute la question complexe de l’identité qui remonte à la surface : « Ma collection explore le fossé entre l’identité dont nous héritons et celle que nous fantasmons. »

Pour illustrer ce tiraillement, et plutôt que de crier « bas les masques », le jeune designer prend la tangente. Il recouvre intégralement le visage de ses six mannequins et propose des silhouettes maximalistes où les tissus et les motifs se chevauchent dans une parfaite maîtrise des volumes.

Le motif du masque — déjà très repéré en mars dernier lors de la semaine de la mode féminine — traverse le défilé jusqu'à sa clôture, orchestrée par les silhouettes d’Adony Bigueur. Sa collection, intitulée « Entre-deux », cherche précisément à embrasser ce qui se trouve au milieu, cet interstice pas totalement défini qui fait directement écho à l'espace liminal évoqué par Paul Molina. Chez Ella Maillard, le masque devient l'élément d'un tout architectural et contraignant :

« À travers des harnais, des fixations et des constructions structurées, le corps est partiellement encadré et remodelé par la tension. Cette transformation crée une nouvelle présence, où le corps et le vêtement coexistent en interaction constante. »

Le vêtement comme manifeste politique et culturel

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Si Ella Maillard explore les contraintes physiques du vêtement sur l’anatomie, Elona Clement, elle, choisit de s'attaquer de front aux normes sociales imposées aux femmes. En exagérant drastiquement les proportions - des épaulettes massives qui viennent encadrer le visage, des boutons d’ordinaire discrets qui ruissellent en perles XXL sur le buste, et des chaussures semblant tout droit sorties d’un cartoon - la créatrice insuffle un humour subversif pour mieux armer ses silhouettes :

« Je veux donner de la visibilité à ces attributs de la féminité et questionner la manière dont ils sont perçus. Je transforme ces détails féminins, souvent pris à la légère, en de véritables instruments de pouvoir. L’objectif n’est plus simplement d’être regardée, mais d’affirmer une présence impossible à ignorer. »

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Lauriane Lauthin aborde elle aussi cette urgence de la représentation avec sa collection « Black-ish », vibrant hommage au travail de photographes légendaires africains comme Malick Sidibé ou Jean Depara. Sa mode devient un outil d'émancipation culturelle :

« Entre héritage culturel et modernité, chaque choix stylistique devient une manière d’exister, de se distinguer et de se définir selon ses propres codes. À travers cette approche, l’apparence devient un acte de libération, célébrant la créativité, la fierté et la puissance d’une identité à la fois profondément enracinée et pleinement assumée. »

Dans un registre tout aussi respectueux des mémoires, Davide Bruggisser tourne son regard vers la transmission : « Ma collection traite de la vie rurale, des traditions qui s'effacent et de la préservation des techniques artisanales à travers une approche contemporaine des matières. Elle reflète une pensée sur l'éphémère, la transformation, et l'élégance que l'on trouve dans les processus traditionnels. »

Tout comme Lauriane Lauthin, Davide Bruggisser utilise le vêtement pour mettre en lumière des savoir-faire oubliés, prouvant que la mode de demain ne peut se construire qu'en dialoguant avec son passé.

En revisitant les notions de volume, d'identité et d'artisanat, cette nouvelle promotion de l'IFM prouve que la mode étudiante n'a rien d'amateur. Elle ne se contente pas de suivre les tendances : elle les interroge, les bouscule et s'impose comme un laboratoire d'idées politiques et esthétiques essentiels. Sous le regard bienveillant de Michael Rider, ces 27 créateurs ont brillamment démontré que la relève parisienne est non seulement prête, mais qu'elle a définitivement un temps d'avance.

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