
La concision fatidique de la SS27 de Prada Miuccia Prada et Raf Simons continuent d'affiner les silhouettes de la marque
Le mot anglais « weird » vient de l'ancienne racine « wyrd », qui signifie « destin » ou « fatalité ». On pourrait donc le traduire par le terme français « fatidique » plutôt que par le moderne « étrange » : ce qui est « weird » l'est parce qu'il nous parle d'un avenir que nous ne connaissons pas encore, qui désoriente. Et depuis quelques saisons, la proverbiale étrangeté de Prada, qui à l'époque où Miuccia dirigeait seule la maison relevait du pur caprice ou de l'excentricité, s'est transformée en quelque chose de, justement, fatidique, qui désoriente au premier regard.
C'est précisément pour cette raison que beaucoup ont semblé désorientés par le retour de la silhouette ultra-skinny dans le show SS27 de Prada : s'agit-il d'un rappel à la tailleur affilée de Raf Simons dans les années 90, ou d'une prédiction d'une future silhouette resserrée qui reviendra dans la mode d'ici un an ou deux ?
Nous ne savons pas laquelle des deux hypothèses est vraie, ni si elles le sont toutes les deux, mais il est vrai que depuis plusieurs saisons Prada mise sur une ligne de plus en plus mince et anguleuse, sur des designs qui rappellent certaines lignes filiformes et pointues du vintage des années 70, agrémentées toutefois de détails délicieusement incongrus.
Hier, à la Fondazione Prada, on a pu voir des boutons-pression sur le col des vestes, là où le triangle Prada peut être fixé ou détaché comme une applique (la laconicité des trois boutons sans applique est évidemment la plus élégante, qui dit tout sans rien exhiber), mais aussi d'énormes ceinturons à l'allure presque médiévale auxquels étaient accrochées des pochettes d'escalade, nouvelle proposition décontractée pour transporter un accessoire.
Entre des contrastes de couleurs très tranchés, notamment sur le blanc, et les désormais classiques effets d'usure recréés avec art, la proposition la plus frappante était celle d'utiliser les vestes trucker ou en cuir comme des chemises, c'est-à-dire comme couche de base du layering, portées sous des pulls ou d'autres blazers. Et en effet, la structure de ce que les marchands de vintage appellent Type-3 Jacket, soit la classique veste en denim, a été reproduite aussi bien en version transparente de nylon que dans ce qui semble être une laine ornée d'un motif Prince de Galles, apparue vers la fin du show et parmi les pièces commerciales décidément les plus intéressantes.
Ce qui compte, cependant, c'est que cette silhouette est étroite, très étroite, presque méticuleuse dans sa façon de couvrir au millimètre les corps élancés des mannequins, mais qui dévoile aussitôt, au premier mouvement de hanches, des bandes de peau nue dans une sorte de froide provocation.
L'idée de nudité et de transparence revenait dans une collection où tout potentiel clin d'œil ou toute malice se congelait en une idée très synthétique, quasi science-fictionnelle de la séduction. Chemises, pantalons et même t-shirts étaient recréés dans un mesh de nylon (les génies du marketing qui l'appellent « soie technique » mériteraient une augmentation) à la fois révélateur, vaguement érotique, mais aussi froidement clinique, une version vestimentaire de ce que Günther von Hagens faisait avec la plastination des corps humains.
En contrepoint, comme note d'équilibre plus organique, on trouvait les effets vieillis sur les nombreuses pièces en cuir, le chaos évoqué par les chaussures avec leurs bandes de velcro oblongues, les lunettes aux verres asymétriques, les imprimés optiques à saveur vintage (là encore très années 70) mais reproduits avec le goût dépaysant d'un ordinateur extraterrestre.
En tant que proposition de garde-robe, celle signée par Miuccia Prada et Raf Simons cette saison est sans aucun doute audacieuse. La valeur sur laquelle ils se sont concentrés est une netteté, une concision si précise qu'elle en brûle. Ce serait une erreur de parler de minimalisme, pourtant, face à cette surabondance de détails et de finitions ; face à l'amour évident pour des silhouettes vintage modifiées à tel point qu'elles semblent futuristes.
Leur est une concision qui épure, qui synthétise. Une sensibilité qui semble être l'expansion de l'influence de Simons dans les collections d'une maison qui continue de prospérer sur le marché et qui, dès lors, est capable de l'observer comme depuis une quatrième dimension invisible, abstraite des courants du temps, produisant ainsi un sentiment de nouveauté anormale qui, précisément par son étrangeté apparente, semble étrangement prophétique. Fatidique, justement.