
Étienne Russo et nss france présentent " Paris Noir " Le dernier volet de la trilogie imprimée de nss france dresse un portrait plus sombre et plus intime de la capitale française
Etienne Russo, fondateur de Villa Eugénie et l’esprit derrière certains des défilés les plus spectaculaires de la mode, et nss france présentent Paris Noir. Réunissant des icônes aux côtés d’une nouvelle génération de créatifs, le numéro sort ce samedi 27 juin.
Voici un petit aperçu de ce que vous trouverez à l’intérieur, grâce à Etienne Russo, rédacteur en chef invité de Paris Noir :
Chers lecteurs et chères lectrices,
Je n'avais jamais dirigé de magazine auparavant. En façonnant ce numéro imprimé de nss france, mon plus grand plaisir a été d'avoir l'opportunité de créer quelque chose pour la toute première fois. Apprendre en faisant, explorer des sentiers inconnus, relever des défis créatifs : tout cela est électrisant, d'autant plus quand cela implique de collaborer avec des prodiges, d'impliquer des personnes dont on respecte et admire l'univers et la vision. C'est de toute façon l'essence même de mon métier : le travail d'équipe, tisser des réseaux d'idées et leur donner vie. Cette fois, j'ai pu canaliser cette énergie à travers un média différent. Il planait sur cette aventure une énergie intensément parisienne : car en réalité, ce numéro spécial est une lettre d'amour à la Ville Lumière.
Paris est un endroit que, comme beaucoup de personnes de tous âges, de toutes origines et de tous horizons, je considère professionnellement comme ma maison ; une ville dans laquelle j'ai fait des rencontres stimulantes, construit des collaborations fructueuses et produit certains de mes meilleurs travaux. C'est là toute la magie de ce lieu : il attire et rassemble des créateurs et des créatifs du monde entier, leur offrant une scène pour exprimer leur travail et leur valeur. Paris est le point de mire de tous, et fonctionne à ce titre comme un amplificateur, une loupe, un haut-parleur. Aucune autre capitale de la mode ne peut revendiquer un tel statut, avec une telle intensité. Si le système de la mode est par définition un multiverse multiculturel, alors Paris en est l'essence même et l'incarnation suprême.
Paris est scintillante, plutôt que solide ou monochrome. Son visage est façonné par les êtres humains qui la traversent chaque jour, dans l'ombre ou sous les projecteurs, les observateurs ou les observés, les flâneurs et ceux qui endurent. Elle est construite par des mains invisibles, par des présences qui s'inscrivent parfois dans les récits officiels, mais le plus souvent n'y figurent pas. L'idée, dès lors, était de dépeindre Paris non pas comme un lieu figé, mais comme un ensemble multiforme, comme la somme d'individus, un endroit qui n'existe véritablement qu'à travers ceux qui le vivent. Un prisme. Paris est une idée autant qu'un lieu physique. Elle est à la fois matérielle et immatérielle. En tant que telle, elle n'appartient à personne – et pour cette raison même, elle appartient à tout le monde.
Paris est un carrefour. Un territoire dans lequel, à travers les expériences individuelles, les disciplines fusionnent et convergent. En y réfléchissant, j'ai voulu rassembler une véritable avant-garde créative évoluant entre la Mode, l'Art, le Design et la Musique : des gens qui ont une réelle influence, des inventeurs qui apportent de l'âme à ce qu'ils font. Tout ce qui a une âme est réel, substantiel. L'authenticité est fondamentale. Aujourd’hui, plus que jamais. J'ai dessiné une coupe transversale de générations et de manières d'appréhender l'existence et la vie à Paris. Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, bien sûr. C'est plutôt une représentation de la communauté que j'ai personnellement bâtie ; mon propre réseau de connaissances, tout en sachant qu'une infinité d'autres réseaux coexistent dans la ville. Michel Gaubert, Frederic Sanchez et Michèle Lamy ont été choisis pour la manière dont ils ont contribué, au fil des ans, à façonner l'imaginaire culturel et esthétique de la ville elle-même. Marie Adam-Leenaerdt, Hodakova, Matières Fécales et Julien Klausner font partie d'un renouvellement générationnel de la créativité mondiale. Aucun d'entre eux ne vit à Paris, mais ils y défilent tous, et racontent une relation plus éphémère et professionnelle avec la ville – une relation liée au travail, au mouvement et à une appartenance temporaire. Par ailleurs, des artistes comme Spencer Tunick reviennent sur leur arrivée à Paris – dans leur jeunesse – qui s'est révélée être un lieu riche en découvertes et en transformations.
Venant de nationalités, de générations et d’horizons personnels différents, les voix réunies dans ce numéro dressent collectivement le portrait de la scène créative parisienne à travers le prisme d'une évolution constante - l'envie de bouger étant le moteur de l'invention. Ensemble, ils révèlent une ville qui n'est jamais figée, mais continuellement réécrite par les personnes qui y passent, ainsi que par les idées et l'énergie qu'elles y apportent.
Vue sous cet angle, Paris est, en fin de compte, un manifeste. Les personnes qui façonnent son identité sont si différentes, si diverses, si résistantes à toute taxonomie ; pourtant, une chose les unit, et je m'inclus dans le lot : une certaine audace, un besoin viscéral d'expression qui embrasse le risque et balaie la frilosité ; la conscience d'avoir quelque chose de personnel à dire et la rage de le faire, jusqu'au bout. Le capital qui compte ici n'est pas l'argent, qui n'est de toute façon qu'un instrument ; ce sont les idées, le cran, la vision. Parfois, moins on a de moyens, plus l'esprit trouve des solutions gagnantes, pour des résultats stupéfiants. Pour que cela se produise, il faut surmonter les limites, nager à contre-courant, aller à contre-sens. Se conformer au statu quo est le seul interdit. Paris permet à ce flux constructif d'exister.
Mon intention ultime en concevant ce numéro de nss france était de transformer le polaroïd du Paris de ce moment précis en une déclaration d'intentions éternelle, en un guide non académique pour la prochaine vague de créateurs. Ce que Paris nous pousse à faire est clair : soyez vous-même, foncez, bousculez les normes, ignorez les limites ; ne vous censurez pas, ne faites pas ce qui est à la mode, ne cherchez pas à plaire à tout le monde. Paris le dit haut et fort : embrassez le risque, dialoguez avec vos pairs, optez pour une fluidité du langage. Le travail trouvera naturellement son public, et cette ville est le lieu idéal pour l'exposer.
Au boulot !
Etienne