
Lululemon, Etam et Michelin s’allient pour financer le futur du nylon recyclé Une levée de fonds a réuni 30 millions de dollars
France
20 Juillet 2026
20 Juillet 2026
À une époque où l'industrie de la mode tente désespérément de se séparer de son étiquette d’industrie ultra-polluante, les discours sur la circularité se heurtent souvent à une dure réalité technique. Derrière les promesses marketing des capsules éco-responsables se cache un secret de polichinelle : nous ne savons toujours pas recycler efficacement nos vêtements à grande échelle. C’est précisément ce statu quo que la start-up française Syntetica cherche à briser.
En annonçant un tour de table de Série A de 30 millions de dollars, la jeune pousse tricolore réalise un véritable tour de force, réunissant autour de sa table des géants de l’habillement, des champions de la deep-tech et des investisseurs étatiques. Menée par le fonds Ecotechnologies 2 de Bpifrance (financé via le plan d'investissement souverain France 2030), cette levée de fonds voit la participation de Lululemon, du géant de la manufacture textile MAS Holdings, de Swen Capital Partners, de l’investisseur historique EQT Ventures, ainsi que de family offices de premier plan liés à Peugeot, Etam et au principal actionnaire d'Indorama Ventures.
Pour comprendre l'enthousiasme des investisseurs, il faut se plonger dans la chimie textile. En 2024, la production mondiale de nylon a frôlé la barre astronomique des 7 millions de tonnes (selon le Materials Market Report de Textile Exchange). Pourtant, le nylon recyclé ne représente qu’une part dérisoire de 2 % du marché global. Pourquoi un tel fossé ?
Jusqu'ici, la quasi-totalité des technologies de recyclage existantes exigeait une séparation préalable des différentes variantes de la fibre. Pour être traités, le Nylon 6 et le Nylon 6,6 devaient être minutieusement triés. Une opération complexe, coûteuse, voire impossible lorsque les fibres sont intimement mélangées au sein d'un même vêtement. C’est ici que réside la rupture de Syntetica. Fondée par Marco Bertone (CEO) et Louis Monsigny, la start-up a développé et breveté un procédé chimique capable de traiter simultanément le Nylon 6 et le Nylon 6,6 dans un seul et même processus. Plus besoin de trier les montagnes de déchets post-consommation : la technologie absorbe le mélange pour en restituer une matière première à haute valeur ajoutée.
Au micro de WWD, Marco Bertone explique : « Pendant des décennies, les déchets de nylon mélangés ont été jugés trop complexes et trop coûteux à recycler à grande échelle. Nous avons prouvé qu'il est possible de récupérer ces matériaux précieux que l'industrie avait historiquement abandonnés ».
L'argent frais injecté va servir à financer une étape cruciale : le passage de la théorie à la pratique industrielle. Syntetica va ainsi développer sa toute première unité de démonstration commerciale en France. Et pour ce faire, la start-up s'implante sur un territoire d’ingénierie historique en s'associant au Centre des Matériaux Durables de Michelin, basé à Clermont-Ferrand.
Ce partenariat stratégique doit permettre de propulser la technologie hors du laboratoire pour atteindre, dans un premier temps, une capacité de traitement de plusieurs centaines de tonnes de déchets textiles par an. Une montée en puissance qui intéresse déjà de très près des marques comme Victoria’s Secret et Etam, qui collaborent d'ores et déjà avec la start-up pour tester la viabilité des fibres régénérées sur leurs futures collections. À terme, la start-up ne compte pas se cantonner au vestiaire technique ou à la lingerie fine. Sa plateforme technologique a été pensée pour être déclinée à d'autres polymères et applications, ouvrant grand les portes des marchés de l'automobile (intérieurs de voitures, pièces plastiques) et de la chimie de spécialité.
Alors que l'Europe durcit ses réglementations sur la traçabilité et la fin de vie des produits de consommation, la réussite de Syntetica confirme une tendance lourde : l'avenir de la mode durable ne s'écrira pas uniquement dans les studios de design parisiens, mais bien dans les laboratoires de chimie et les usines de régénération de nos régions.






